Plus de 800 têtes d’érosion dévorent lentement la ville de Kananga. Une plaie urbaine qui s’agrandit à chaque pluie, menaçant d’avaler habitations, routes et espoirs. Face à ce monstre souterrain, le Projet d’urgence et de résilience urbaine de Kananga (PURUK) vient de poser un geste fort : armer les communautés avec le seul rempart durable, la connaissance. Un atelier de formation de deux jours, clôturé ce vendredi 29 mai, a rassemblé 187 délégués des 27 quartiers de la ville pour apprendre à dompter l’érosion.
L’objectif ne fait plus mystère. Alors que la fin du PURUK se profile à l’horizon 2028, il est devenu capital de transférer les compétences aux premiers concernés, les comités locaux de développement. Comment empêcher une simple rigole de se muer en gouffre glouton ? Dès l’apparition des premières fissures, les habitants savent désormais intervenir avant que le sol ne se dérobe sous leurs pieds. Une lutte antiérosive pensée pour survivre au départ des experts.
« Avec plus de 800 têtes d’érosion répertoriées, la prise en charge par les citoyens eux-mêmes devient l’unique rempart contre de nouveaux désastres », alertait Jean-Michel Bungu, coordonnateur du PURUK. Une urgence chiffrée : Kananga est saignée par un réseau de ravins qui n’attend que la moindre averse pour s’élargir. Chaque saison des pluies transforme les quartiers en pièges géologiques. La formation reçue par les comités locaux agit comme un vaccin civique contre cette érosion urbaine qui gangrène la stabilité des sols.
Les participants ne cachent pas leur satisfaction. Benoît Mutombo, du quartier Malandji, l’assure : « Cette formation nous aide à agir en amont, à faire le nécessaire pour ne pas laisser de simples rigoles se transformer en ravins géants qui détruisent nos maisons. » Son voisin de Mabondo, Victor Mulamba, renchérit : « Avec les connaissances techniques reçues, même si le projet PURUK s’arrêtait aujourd’hui, nous serions capables d’assurer la pérennisation des ouvrages et de protéger nos quartiers. » Des paroles qui témoignent d’un nouveau souffle, mais qui cachent une réalité tenace : sans outils de chantier, la théorie risque de rester impuissante. Les leaders communautaires sollicitent déjà un appui logistique des autorités pour passer des mots à la pelle.
La ville de Kananga vit un véritable compte à rebours. Les 800 érosions, comme autant de sabliers inversés, rappellent que le temps presse. PURUK montre la voie, mais ne pourra pas éternellement panser les plaies du sol. La pérennité de cette lutte antiérosive repose désormais sur les épaules des comités locaux, véritables sentinelles des quartiers. Sauront-ils transformer cet apprentissage en digue citoyenne ? L’équation est simple : si chaque fissure est traitée comme une alarme, Kananga pourra peut-être retenir ses terres. Sinon, les ravins continueront leur lente vengeance contre une urbanisation trop souvent indifférente aux caprices du climat.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
