Chaque jour, Kinshasa se noie sous un tsunami silencieux de 9 000 tonnes de déchets ménagers. Dans cette mégalopole de plus de 15 millions d’âmes, l’absence quasi généralisée de poubelles publiques transforme chaque coin de rue en dépotoir sauvage. Le constat est amer : des artères vitales comme la route des Poids Lourds, l’avenue Kasa-Vubu ou Sendwe sont devenues les symboles d’un incivisme qui prospère sur le terreau de la négligence institutionnelle.
« On ne sait pas si c’est un manque de volonté, mais les autorités doivent mettre de l’ordre », lance un habitant, excédé par des monticules d’immondices qui fleurissent aux arrêts de bus et devant les marchés. Cette absence de poubelles publiques ne se contente pas d’offenser le regard : elle charrie des conséquences sanitaires et environnementales dramatiques. Les déchets plastiques et métalliques s’accumulent dans les caniveaux, obstruant les veines de la ville. Aux premières pluies, c’est l’asphyxie : les eaux ne trouvent plus leur chemin, et les inondations paralysent des quartiers entiers, transformant les rues en rivières de boue et d’ordures.
Les inondations à Kinshasa ne sont plus une fatalité climatique, mais le symptôme d’une cité qui étouffe sous son propre désordre. Chaque bouteille en plastique jetée, chaque sachet abandonné participe à ce cercle vicieux où l’incivisme se nourrit de l’absence d’infrastructures. « Les déchets bouchent les caniveaux, favorisent les inondations et dégradent le cadre de vie », martèle Joel Booto, spécialiste en sensibilisation environnementale. Un cri d’alarme qui résonne comme une évidence : sans poubelles publiques, comment demander aux citoyens de ne pas jeter leurs détritus dans la rue ?
Face à cette urgence, l’Hôtel de Ville, par le biais du programme Kinshasa ezo bonga, affirme « étudier » l’installation de poubelles publiques dans les grandes artères. Mais cette promesse se heurte à un obstacle de taille : l’incivisme persistant. Jean Delou Monana, chargé de communication du programme, dénonce la mauvaise utilisation des quelques bacs existants, souvent vandalisés ou détournés. « Nous dénonçons la mauvaise utilisation des poubelles existantes », a-t-il déclaré, soulignant que la solution ne pourra être durable sans un changement profond des mentalités.
Car le problème des déchets à Kinshasa n’est pas qu’une question de contenants. C’est une crise systémique qui exige une réponse globale : tri, recyclage, transformation. Les déchets ne sont pas une fatalité, mais une ressource qui dort. « Les déchets plastiques et métalliques peuvent devenir une source de revenus si nous adoptons une économie circulaire », insiste Joel Booto. Il appelle à une coordination des ministères concernés pour mettre en place des filières de valorisation. Mais au-delà des discours, l’urgence est là, palpable, dans ces rues où les immondices règnent en maîtres.
L’installation de poubelles publiques est un premier pas indispensable, mais il doit s’accompagner d’un vaste chantier d’éducation citoyenne. À Kinshasa, la bataille contre l’incivisme commence par redonner à chacun le sentiment que sa ville mérite mieux que ces dépotoirs à ciel ouvert. L’avenir de la capitale congolaise dépendra de notre capacité collective à ne plus voir les déchets comme des encombrants, mais comme le miroir de notre respect pour le bien commun.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
