Alors que l’épidémie d’Ebola en Ituri continue de menacer la province, le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, s’est rendu sur place pour une mission éclair de 72 heures. Au terme de celle-ci, il a promis une « prise en charge médicale et holistique » de tous les patients actuellement en isolement, y compris ceux du centre hospitalier de Nyakunde, un épicentre de la riposte. Mais derrière les mots, une réalité bien plus crue se dessine : des malades sans assistance alimentaire, contraints de rompre leur isolement pour trouver de quoi survivre.
Cette nouvelle flambée d’Ebola en RDC rappelle la vulnérabilité chronique du système de santé. L’épidémie a déjà causé des centaines de morts dans la région. Roger Kamba a tenu à rassurer : « Le gouvernement a tout mis en place pour stopper la propagation de ce virus […]. Cela est possible grâce à l’accompagnement des communautés locales. » Le renforcement de la prise en charge, a-t-il insisté, vise à « couper la chaîne de contamination » dans cette zone.
Mais ce discours sécurisant se heurte aux témoignages venus du terrain. Le centre hospitalier de Nyakunde, où plus d’une dizaine de patients suspects ou confirmés d’Ebola étaient pris en charge ce week-end, illustre les failles du système. D’après des sources internes, faute d’assistance médicale adéquate, ces malades partagent les mêmes latrines avec d’autres patients non infectés, une aberration sanitaire. Pire encore : certains, en manque cruel de nourriture, sont obligés de sortir du périmètre d’isolement pour s’en procurer dans la communauté. Une pratique qui fait voler en éclats le principe même de quarantaine.
Comment peut-on espérer briser les chaînes de transmission si les patients eux-mêmes sont poussés à renouer le contact avec la population ? La question, rhétorique, met en lumière un paradoxe douloureux. L’Ebola, virus hémorragique d’une extrême contagiosité, se transmet par les fluides corporels. Un malade qui se déplace, même affaibli, laisse derrière lui un sillage de risque. L’Organisation mondiale de la Santé insiste depuis toujours sur l’importance de l’isolement strict et de l’accompagnement nutritionnel pour éviter ce genre de dérive. À Nyakunde, ces mesures élémentaires semblent avoir été reléguées au second plan, faute de moyens.
Pour le ministre Roger Kamba, cette visite de terrain était l’occasion de montrer que l’État reprend la main. La promesse d’une prise en charge « totale » inclurait désormais un volet alimentaire et psychosocial, en plus des soins médicaux. Il a assuré que des dispositions étaient prises pour garantir que les patients ne soient plus abandonnés à leur sort. Mais ces annonces seront-elles suivies d’effets dans un contexte où les structures de santé peinent à fonctionner au quotidien ? La défiance nourrit la méfiance.
L’accompagnement des communautés locales, évoqué par le ministre, est une pièce maîtresse de la lutte contre Ebola en Ituri. Pour qu’il fonctionne, il faut que les familles voient que l’isolement n’est pas une condamnation à la précarité. Si l’image renvoyée est celle de patients affamés, cherchant de la nourriture dans le village voisin, aucun message de prévention ne pourra convaincre. C’est tout l’édifice de la riposte qui menace de s’effondrer.
Alors que les cas continuent d’être signalés, le centre de Nyakunde et les hôpitaux de Rwampata et Bunia restent sous pression. Pour le citoyen, la conduite à tenir est simple : signaler tout cas suspect, éviter les contacts avec les fluides des malades et respecter les consignes des équipes de riposte. Mais pour que ce message passe, il faut que la population constate que l’État protège réellement ceux qu’il confine. Lier la promesse à l’action urgente est la seule voie pour éviter de nouvelles contaminations et redonner confiance aux communautés ituriennes.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
