Dans une mise en scène politique soigneusement orchestrée, l’Alliance pour le Changement (ACH) a transformé son siège de Limete en une véritable arène de combat rhétorique ce samedi 30 mai. Face à une foule de militants galvanisés, le secrétaire général adjoint Boniface Makobo a lancé une charge explosive contre le projet de révision constitutionnelle RDC, qualifiant les récents développements parlementaires de « déclaration de guerre ».
L’élément déclencheur de cette escalade verbale ? Le retrait spectaculaire des députés de l’opposition congolaise de l’hémicycle, survenu lors de l’examen de la loi référendaire. Une stratégie parlementaire que le parti de Jean-Marc Kabund-A-Kabund assimile à une provocation délibérée. « Au niveau de l’Alliance pour le Changement et de la plateforme Coalition 64, nous avons considéré cet acte comme une déclaration de guerre », a martelé Boniface Makobo, reprenant une rhétorique de confrontation qui tranche avec le langage feutré habituel des débats institutionnels. Mais cette dramatisation est-elle un simple artifice de mobilisation ou le symptôme d’une crispation plus profonde du champ politique congolais ?
La coalition C64, dont le nom fait explicitement référence à l’article constitutionnel verrouillant toute modification touchant à la nature républicaine de l’État ou au nombre de mandats présidentiels, se pose désormais en gardienne sourcilleuse de l’ordre fondamental. Son lancement officiel le 19 mai dernier au Collège Boboto, à Kinshasa, n’était pas une simple formalité. Il s’inscrit dans une logique de contre-offensive préventive face aux ambitions réformatrices prêtées à la majorité au pouvoir. « On ne peut pas diriger le pays par défi », a ajouté le secrétaire général adjoint, suggérant que l’exécutif instrumentaliserait le Parlement pour contourner les garde-fous constitutionnels.
Ce vocabulaire guerrier n’est pas anodin. Il révèle une mutation stratégique de l’opposition congolaise qui, échaudée par les revers électoraux et les divisions internes, semble avoir trouvé dans la défense du texte constitutionnel un ciment unitaire. La figure de Boniface Makobo, émissaire de poids au sein de l’alliance pour le changement, incarne cette ligne dure. Son appel à « commencer comme nous l’avions annoncé » laisse présager une séquence de mobilisations populaires, testant à la fois la capacité de mobilisation de la coalition et la résilience des forces de l’ordre.
L’enjeu pour le président Félix Tshisekedi est de taille. Chaque accusation de dérive autoritaire réactive le spectre d’un précédent fâcheux, celui des manœuvres constitutionnelles qui, sous d’autres cieux africains, ont permis de prolonger des règnes au-delà des limites initiales. Le rejet explicite de « toute perspective d’un troisième mandat » par la coalition C64 vise à museler par avance tout débat, même hypothétique, sur une nouvelle candidature présidentielle en 2028. Pourtant, la majorité parlementaire dispose pour l’heure des leviers institutionnels nécessaires pour faire aboutir une révision, pour peu qu’elle obtienne les fameux trois cinquièmes des voix, ou un référendum.
Cette matinée politique aura donc été un révélateur. L’alliance pour le changement joue gros en adoptant une posture de rupture frontale. Si la mobilisation populaire ne suit pas, le parti risque de se marginaliser dans un jeu politique dominé par des acteurs plus puissants et mieux financés. Mais si la rue venait à s’embraser, le pouvoir se trouverait confronté à une crise de légitimité dont l’issue reste incertaine dans un pays aux fragilités multiples. La saison politique qui s’ouvre promet d’être longue et périlleuse.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
