Une nouvelle charge parlementaire vient secouer la gestion de la Société nationale d’électricité (SNEL). Le député national Jethro Muyombi, élu de la ville de Lubumbashi dans le Haut-Katanga, a adressé une question d’actualité à la direction générale de l’entreprise publique, exigeant des explications claires sur les coupures d’électricité intempestives et le déficit chronique de production qui paralysent le quotidien des Congolais.
Cette interpellation, formulée jeudi 21 mai lors d’un entretien avec la presse, met en lumière la crise énergétique à Lubumbashi et dans l’ensemble du pays. Alors que la République démocratique du Congo dispose de l’un des plus grands potentiels hydroélectriques du continent africain, la réalité sur le terrain est celle d’une pénurie de courant quasi permanente. Un paradoxe qui, selon l’élu, n’est plus tolérable ni pour les ménages, ni pour les industries locales, étouffées par les coûts des groupes électrogènes et l’insécurité énergétique.
Jethro Muyombi le rappelle avec une pointe d’amertume : comment se fait-il que le pays d’Inga, capable en théorie d’alimenter la moitié de l’Afrique, ne parvienne pas à garantir un approvisionnement stable à ses propres villes ? La question, aussi rhétorique que politique, souligne les failles structurelles d’un secteur énergétique miné par des décennies de sous-investissement, de mauvaise gestion et d’absence de vision stratégique. « Le pays dispose d’un potentiel immense, mais ce potentiel reste largement sous-exploité », a-t-il martelé, en écho aux frustrations d’une population qui subit au quotidien les coupures d’électricité en RDC.
Au-delà du constat, cette initiative parlementaire s’inscrit dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale. Le député Muyombi entend pousser la SNEL à rendre des comptes et à proposer des solutions durables pour sortir de la crise. Il ne s’agit pas simplement de dénoncer, mais d’obtenir une feuille de route crédible. La question parlementaire sur l’énergie devient ainsi un outil de pression, alors que les entreprises publiques fonctionnent souvent dans une opacité qui décourage toute redevabilité.
L’interpellation vise également à mettre en évidence les contradictions d’un État qui, tout en affichant des ambitions régionales dans le domaine énergétique – avec le projet Grand Inga –, laisse ses provinces dans le noir. À Lubumbashi, poumon économique du pays, la situation est devenue intenable. Les opérateurs miniers, grands consommateurs d’électricité, contournent le réseau défaillant en important leur propre énergie ou en recourant massivement aux énergies fossiles, une aberration écologique et économique.
Ce nouvel épisode de tension entre le pouvoir législatif et la SNEL rappelle que le secteur électrique congolais est à la croisée des chemins. La libéralisation du sous-secteur, timidement amorcée, ne pourra porter ses fruits sans une refonte profonde de la gouvernance du réseau de transport et de distribution, encore largement dominé par la société étatique. Faute de réformes courageuses, la pénurie de courant continuera de freiner le développement, d’aggraver les inégalités et de nourrir la colère sociale.
Alors que la saison sèche approche, période traditionnelle de délestages accrus, les yeux sont désormais tournés vers la réponse de la direction générale de la SNEL. Sera-t-elle à la hauteur des enjeux, ou se contentera-t-elle d’un énième catalogue de promesses sans lendemain ? Pour le député Jethro Muyombi, l’heure n’est plus aux discours lénifiants mais aux actes. La crédibilité de l’État, déjà mise à mal sur de nombreux fronts, se joue aussi dans sa capacité à éclairer les foyers congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
