Peut-on encore douter de l’existence d’un virus qui, en quelques jours, peut transformer un corps en champ de bataille ? La question se pose avec une urgence glaçante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où les équipes sanitaires se heurtent à un mur de méfiance. Ebola n’est pas une légende, ni un complot politique, et la résistance communautaire qui s’y oppose devient aussi mortelle que la fièvre hémorragique elle-même.
L’ONG Mission d’aide aux personnes en détresse (MAPD) a décidé de briser le silence. Son coordonnateur, Théophile Katembo, ne mâche pas ses mots : « Laissons de côté les doutes et les discussions autour de cette maladie. Ebola existe. Unissons-nous pour y faire face. » Un appel frontal, presque un cri, dans un contexte où la désinformation circule plus vite que le virus. Comment expliquer que, dans des zones déjà meurtries par les conflits, la rumeur prenne encore le pas sur la science ?
La réponse tient en un mot : la peur. Une peur nourrie par des années d’instabilité, où tout message officiel est perçu avec suspicion. Pourtant, le virus ne fait pas de politique. Le taux de mortalité peut atteindre 90 % sans prise en charge rapide, selon l’Organisation mondiale de la santé. Dans le Nord-Kivu, cette réalité a déjà endeuillé des familles entières lors des épidémies précédentes. Aujourd’hui, le déni collectif agit comme un accélérateur de la contamination : chaque cas non signalé, chaque lavage de mains négligé, chaque refus d’enterrer dignement un défunt selon les protocoles sécurisés crée une brèche dans la digue sanitaire.
Théophile Katembo insiste justement sur les gestes qui sauvent : « La MAPD lance un appel à la population du Nord-Kivu, de l’Ituri ainsi que des provinces voisines : la maladie est réelle. Chacun doit prendre au sérieux les mesures de protection et de prévention Ebola, notamment le lavage régulier des mains. » Le saviez-vous ? Un simple mélange d’eau et de chlore, appliqué sur les mains, peut désamorcer ce tueur invisible. C’est aussi simple que cela, et pourtant, trop de Congolais restent sceptiques.
Pour dissiper les malentendus, l’ONG met en avant une vérité souvent oubliée : le virus n’a ni affiliation politique ni préférence ethnique. « Ce n’est pas de la politique, ce n’est pas une question de doute, de mépris ou de guerre, rappelle Théophile Katembo. C’est une maladie, une réalité que nous avons déjà vécue plusieurs fois. » Une manière de démontrer que, face à Ebola, les querelles humaines n’ont aucun poids. Le véritable ennemi est microscopique, et il profite de chaque faille dans notre solidarité.
Alors, comment inverser la tendance ? La prévention Ebola repose sur un triptyque : hygiène, surveillance et collaboration. Tout d’abord, le lavage des mains fréquent, avec de l’eau propre et du savon ou une solution hydroalcoolique. Ensuite, la vigilance communautaire : ne pas toucher un malade suspect, éviter tout contact avec les fluides corporels et, surtout, alerter immédiatement les équipes de riposte. Enfin, accepter que la lutte nécessite une main tendue entre la population et les soignants. « Nous demandons à toute personne sceptique de comprendre que ce virus est là et qu’il représente un danger pour la vie, insiste le coordonnateur. C’est pourquoi nous devons tous rester unis pour lutter contre cette maladie qui est encore dans nos murs. »
Cette unité n’est pas un vœu pieux. Elle s’est déjà concrétisée par le passé, lorsque des communautés ont fini par faire confiance aux équipes de vaccination et aux centres de traitement. Chaque fois qu’un village signale un cas suspect, c’est une chaîne de transmission qui est brisée. Chaque fois qu’une famille accepte des funérailles sans danger, c’est une victoire silencieuse. La résistance communautaire n’est pas une fatalité : elle peut se transformer en une armée de sentinelles, à condition que la pédagogie remplace la peur.
En définitive, le combat contre Ebola dans le Nord-Kivu et l’Ituri se joue sur deux fronts : celui du virus, impitoyable, et celui des idées fausses, tout aussi dévastatrices. L’ONG MAPD a lancé un appel au bon sens. L’heure n’est plus aux théories du complot, mais à une prise de conscience collective. Laver ses mains, signaler un malade, écouter les experts : ces gestes simples peuvent faire la différence entre une épidémie maîtrisée et une catastrophe sanitaire. Voulons-nous vraiment donner au virus le pouvoir de gagner par nos propres divisions ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
