AccueilActualitéSantéEbola Nord-Kivu/Ituri : « Assez de doutes, le virus tue vraiment »

Ebola Nord-Kivu/Ituri : « Assez de doutes, le virus tue vraiment »

En RDC, la bataille contre le virus Ebola ne se joue pas seulement dans les laboratoires ou les centres de traitement, mais aussi – et surtout – dans les esprits. Alors que la riposte mobilise d’importants moyens, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri restent prises au piège d’un ennemi invisible autant que sournois : la résistance communautaire. Face aux fausses croyances qui entravent la lutte, l’ONG Mission d’aide aux personnes en détresse (MAPD) monte au créneau et lance un appel vibrant à la raison.

« Laissons de côté les doutes et les discussions autour de cette maladie. Ebola existe. Unissons-nous pour y faire face ». Le message, martelé par le coordonnateur de la MAPD, Théophile Katembo, claque comme un électrochoc. Dans une région déjà meurtrie par les conflits, la défiance vis-à-vis des équipes sanitaires se révèle aussi meurtrière que le virus lui-même. Les rumeurs, savamment entretenues par la désinformation, transforment les gestes de prévention les plus simples en gestes de suspicion.

Pourquoi un tel rejet ? Théophile Katembo rappelle une vérité brutale : « Ce n’est pas de la politique, ce n’est pas une question de doute, de mépris ou de guerre. C’est une maladie, une réalité que nous avons déjà vécue plusieurs fois. » L’analogie est limpide : ignorer les mesures barrières revient à laisser le champ libre à un incendie qu’on refuse de voir. Chaque cas non signalé, chaque contact non suivi, chaque rumeur colportée est une étincelle qui peut rallumer un brasier épidémique.

La prévention Ebola repose pourtant sur des piliers bien connus. Le lavage régulier des mains, la non-manipulation des corps de personnes décédées sans équipement, l’alerte immédiate en cas de fièvre ou de saignement. Rien d’irrationnel. Mais lorsque la méfiance gagne les cœurs, le virus, lui, ne fait pas de sentiment. Il se transmet par les fluides corporels avec une efficacité redoutable. Une accolade donnée à un malade, un linge souillé touché, et c’est une chaîne de contamination qui se reforme.

La situation au Nord-Kivu et en Ituri illustre tragiquement ce cercle vicieux. Dans plusieurs localités, des habitants refusent d’ouvrir leur porte aux agents de la riposte, convaincus que l’épidémie serait une « invention » destinée à asseoir un agenda occulte. Pourtant, les chiffres, même quand ils sont ténus, parlent. Chaque flambée passée a rappelé la même leçon : la rapidité de la réponse détermine la survie des communautés. Aujourd’hui, ralentir la détection à cause d’une rumeur, c’est scier la branche sur laquelle toute la population est assise.

L’ONG MAPD insiste sur un point crucial : rapporter immédiatement tout cas suspect. « Ce n’est pas une trahison, c’est un acte de protection collective », explique Théophile Katembo. Ce simple réflexe permet d’isoler les malades, de remonter le fil des contacts et de briser la propagation. Sans cette collaboration, les équipes médicales travaillent à l’aveugle, et le virus profite de chaque interstice pour frapper.

Peut-on encore douter de l’existence de cette fièvre hémorragique mortelle au XXIᵉ siècle, alors qu’elle a déjà endeuillé des milliers de familles sur le continent ? La question mérite d’être posée, tant la persistance de la résistance communautaire confine à l’irrationnel. Derrière chaque rumeur, il y a une réalité : des enfants qui perdent leurs parents, des villages décimés, des systèmes de santé fragilisés.

La réponse, selon la MAPD, est à la fois simple et exigeante. Elle passe par une communication de proximité, le dialogue avec les chefs coutumiers et religieux, et la traduction des savoirs scientifiques en langues locales. Mais avant tout, elle requiert un sursaut citoyen. « Nous devons tous rester unis pour lutter contre cette maladie qui est encore dans nos murs », conclut Théophile Katembo.

L’union sacrée prônée par l’organisation n’est pas un vœu pieux : c’est une question de vie ou de mort. Tant que la méfiance n’aura pas cédé le pas à la vigilance, l’épidémie d’Ebola continuera de rôder dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, menaçant au-delà de leurs frontières. La population détient, avec les gestes de prévention les plus simples, le pouvoir de couper l’herbe sous le pied du virus. Il n’y a pas d’autre choix que de s’en emparer.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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