Une ombre inquiétante plane sur Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, province de l’Ituri. Alors que l’épidémie d’Ebola continue de progresser dans cette partie de la République démocratique du Congo, le système de santé local vacille dangereusement. Vingt-quatre patients confirmés sont actuellement hospitalisés, mais les structures d’isolement ne peuvent plus suivre. La capacité d’accueil est tout simplement dépassée, poussant les équipes médicales à prendre des décisions déchirantes.
« Nous recevons chaque jour de nouveaux cas suspects, mais nous sommes confrontés à un mur : il n’y a plus de lits disponibles », a confié à la presse Dhedja Dhenyo Ruben, médecin chef de zone de Mongbwalu. « Malheureusement, certains malades restent chez eux, entourés de leur famille, alors même qu’ils devraient être isolés d’urgence. » Cette situation, aussi précaire que dangereuse, transforme chaque foyer en un potentiel foyer de contagion. Une propagation qui pourrait s’accélérer de manière exponentielle si le virus se transmet à l’intérieur des maisons, sans équipement de protection.
Dans les quartiers de cette localité minière, l’angoisse monte. Un habitant, dont un proche souffre de symptômes suspects, témoigne : « On vit avec la peur au ventre. Dès qu’un membre de la famille a de la fièvre, on redoute le pire. Mais si les centres ne peuvent plus nous accueillir, on est condamnés à attendre, tous ensemble. » Ce cri du cœur illustre l’impuissance des familles prises au piège, où un seul cas peut rapidement contaminer tous les occupants.
Pourtant, un espoir aurait dû voir le jour : le Centre de Traitement Ebola (CTE) de Mongbwalu, une structure dédiée capable d’absorber l’afflux de malades, reste désespérément fermé. Sa mise en service, sans cesse repoussée pour des raisons logistiques et administratives, aggrave le sentiment d’abandon. Pendant ce temps, le centre de traitement Ebola saturé ne peut que refuser les nouveaux arrivants, renvoyant ainsi le virus à la communauté. C’est un véritable cercle vicieux : sans isolement, la transmission persiste ; sans structures, les équipes de riposte sont dépassées.
Cette alerte à Mongbwalu révèle les fragilités chroniques de la riposte contre Ebola en Ituri. La zone est marquée par une insécurité persistante, des routes défoncées par les pluies, et un accès difficile aux soins de base. « Quand les conflits armés entravent la circulation des équipes et du matériel, contenir une épidémie devient un défi surhumain », explique-t-on du côté des humanitaires. La crise sanitaire en RDC, dans ce contexte, n’est pas seulement médicale : elle est aussi le reflet d’un environnement où la violence et la pauvreté créent un terreau fertile pour la maladie.
Peut-on vraiment stopper un virus aussi contagieux lorsqu’il se répand en silence dans les foyers, faute de places dans les hôpitaux ? Cette question cruciale devrait hanter les décideurs. L’épidémie d’Ebola en RDC a déjà démontré par le passé que chaque heure compte : retarder la mise en place de centres de traitement, c’est prendre le risque d’une flambée incontrôlable. Comme un feu de brousse qui, négligé, devient inarrêtable, Ebola se propage d’autant plus vite qu’il est ignoré ou sous-estimé.
Face à cette urgence, les autorités sanitaires et les partenaires internationaux sont appelés à réagir sans délai. Il faut accélérer l’ouverture du CTE de Mongbwalu, renforcer les équipes mobiles, fournir des équipements de protection aux familles contraintes d’héberger un malade. La prévention reste notre meilleur rempart : sensibiliser les communautés, isoler rapidement les cas suspects, tracer les contacts. Chaque jour de retard accroît le danger. En attendant, la population de Mongbwalu retient son souffle, espérant ne pas devenir l’épicentre d’une nouvelle catastrophe sanitaire.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
