L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a officiellement déclaré cette semaine que l’épidémie d’Ebola constitue une « urgence sanitaire publique de portée internationale ». Cette annonce, faite à Genève, résonne particulièrement en République démocratique du Congo, où le virus continue de se propager sournoisement, de Bunia à Goma, et au-delà des frontières ougandaises. Mais à Beni, dans le Nord-Kivu, le fossé entre l’alerte mondiale et la réalité du terrain est abyssal.
Depuis mercredi 20 mai, les autorités locales ont pourtant déployé des policiers aux quatre principales barrières d’entrée et de sortie de la ville. Objectif affiché : faire respecter les mesures de protection, notamment la limitation du nombre de passagers dans les transports en commun. Une décision qui semble de bon sens quand on sait que le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. Alors pourquoi, sur le bitume brûlant de Beni, voit-on toujours des bus et des motos-taxis bondés, comme si l’épidémie n’existait pas ?
Ce paradoxe sanitaire interpelle. Dans la plupart des véhicules, l’entassement des passagers reste la règle. Les masques, ces simples barrières de tissu qui peuvent freiner la projection de gouttelettes, se font rares. Pire, les dispositifs de lavage des mains, pourtant peu coûteux, brillent par leur absence. « On nous demande de transporter quatre personnes, mais avec quels revenus allons-nous payer les multiples taxes ? », tempête un chauffeur de Mavivi, résumant le désarroi d’une profession étranglée.
Car le nœud du problème est aussi économique. Les mesures de prévention, prises sans concertation, ignorent les réalités d’un secteur déjà asphyxié. Transporter moins de passagers, c’est réduire des recettes déjà maigres, sans aucune compensation. Dans une ville où chaque franc congolais compte, la survie immédiate l’emporte souvent sur les risques sanitaires futurs. Une équation tragique qui rappelle que la lutte contre une épidémie ne se gagne pas uniquement dans les hôpitaux, mais aussi dans les poches des citoyens.
Pourtant, les chiffres donnent le vertige. Depuis la déclaration de la 17e épidémie d’Ebola en RDC, le 15 mai dernier, 51 cas ont été officiellement confirmés. Mais l’OMS estime que l’ampleur réelle est bien plus vaste : 139 décès probables et plus de 600 cas suspects sont sous surveillance. Une situation qui a poussé l’agence onusienne à actionner le plus haut niveau d’alerte. Une telle déclaration – seulement la sixième de l’histoire – n’intervient que lorsque la menace dépasse les frontières nationales et nécessite une riposte mondiale coordonnée.
Concrètement, que signifie cette « urgence sanitaire publique de portée internationale » pour la population de Beni ? Cela implique un renforcement immédiat des contrôles sanitaires, une mobilisation accrue des financements, et surtout une prise de conscience collective. Le virus ne se déplace pas en avion ni en moto, il se déplace avec les humains. Chaque trajet en commun surchargé devient une potentielle chaîne de transmission. Chaque main non lavée un maillon fragile.
Alors, comment inverser la tendance ? Les spécialistes insistent sur trois axes : d’abord, équiper tous les points d’entrée de stations de lavage des mains et imposer le port du masque dans l’espace public. Ensuite, alléger la pression fiscale sur les transporteurs qui respectent les normes, par exemple en instaurant des défiscalisations ponctuelles. Enfin, intensifier la communication de proximité – en langues locales – pour que chaque habitant comprenne que ces gestes ne sont pas une contrainte, mais un rempart.
L’histoire des épidémies nous l’enseigne : c’est dans les détails du quotidien que se gagne ou se perd la bataille. À Beni, le déploiement policier est un signal fort, mais il restera inefficace tant que les mesures d’accompagnement social et économique ne suivront pas. La communauté internationale, via l’OMS, promet des fonds d’urgence. Encore faut-il qu’ils arrivent vite, là où ils sont nécessaires : au coin de la rue, dans ce taxi-moto dont le conducteur hésite entre son devoir sanitaire et la faim de ses enfants.
En attendant, la vigilance doit être citoyenne. Si vous résidez à Beni ou dans les environs, exigez que votre véhicule soit équipé d’un désinfectant. Lavez-vous régulièrement les mains. Et si un proche présente fièvre, saignements ou vomissements, isolez-le et appelez sans tarder la riposte. Le combat contre Ebola nous concerne tous, car un virus ne connaît pas de frontière administrative.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
