L’épidémie d’Ebola qui frappe le Nord-Kivu progresse, et avec elle, son lot de mesures censées endiguer la contamination. À Beni, ville-carrefour, les autorités ont déployé depuis le 20 mai des policiers aux quatre principales barrières d’entrée et de sortie. Leur mission ? Faire respecter les mesures anti-Ebola RDC, notamment la limitation du nombre de passagers dans les transports en commun. Mais cette réponse musclée suffit-elle face à un virus qui se moque des barrages ?
Le principe est simple : moins de promiscuité, moins de risques. Le virus Ebola se transmet par les fluides corporels, et un bus bondé devient un amplificateur épidémique. Imaginez une goutte de salive infectée sur une poignée de porte : touchez-la puis votre visage, et le verrou saute. Pourtant, sur le terrain, le déploiement policier Beni se heurte à une réalité têtue. Les motos-taxis continuent d’entasser trois clients derrière le conducteur, les bus ignorent la distanciation, et le port du cache-nez reste anecdotique. Les points de lavage des mains ? Absents ou à sec.
Pourquoi un tel fossé entre les ordres et leur application ? Les chauffeurs évoquent une équation économique insoluble. « On nous exige de transporter seulement quatre personnes par rapport à quoi ? », s’insurge l’un d’eux, qui pointe une accumulation de taxes sans aucune mesure d’accompagnement. Comment gagner sa vie si chaque trajet devient déficitaire ? Cette détresse dit une vérité cruelle : une riposte efficace ne peut ignarer le quotidien des populations. Ordonner sans soutenir, c’est condamner les mesures à rester sur le papier.
Pendant ce temps, l’épidémie Ebola Nord-Kivu file. L’Organisation mondiale de la santé a officiellement déclaré mercredi, depuis Genève, qu’elle constituait une “urgence sanitaire publique de portée internationale”. Un signal d’alarme qui résonne jusqu’à Kinshasa. Apparue le 15 mai 2026 à Bunia, cette 17e flambée a déjà essaimé à Mambasa, Goma, et même Kampala, en Ouganda voisin. Le bilan officiel en RDC fait état de 51 cas confirmés, mais l’OMS estime que le nombre réel est bien supérieur : 139 décès et plus de 600 cas suspects seraient sous surveillance. Avec un taux de létalité pouvant dépasser 50 %, chaque jour compte.
Face à ce risque, que peuvent faire les citoyens de Beni et d’ailleurs ? Les recommandations sont pourtant limpides. Le lavage régulier des mains à l’eau chlorée ou au savon, le port correct du cache-nez, et surtout la vigilance face aux symptômes – fièvre brutale, vomissements, diarrhées sanglantes – doivent devenir des réflexes. Un début de fièvre après un contact suspect ? Ne pas se rendre à l’hôpital par ses propres moyens : un simple appel au centre de santé peut déclencher une prise en charge isolée, brisant ainsi la chaîne de transmission.
Ce combat exige plus que des uniformes aux barrières. Il appelle une alliance entre les autorités, les transporteurs et les communautés, avec des subventions ou des dégrèvements fiscaux pour rendre viables les gestes barrières. L’OMS a raison de sonner le tocsin. Mais une urgence sanitaire ne se décrète pas depuis Genève : elle se vit dans les ruelles de Beni, chaque fois qu’un passager monte dans une moto sans masque. La question n’est pas de savoir si le virus peut être stoppé, mais si nous sommes prêts à en payer le prix.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
