L’onde de choc provoquée par la confirmation d’un cas de maladie à virus Ebola à Goma s’est immédiatement muée en crise diplomatique, ce mardi 19 mai. La décision du Rwanda de fermer temporairement ses frontières avec la République démocratique du Congo, au motif de ce nouveau foyer épidémique, a été fustigée avec une vigueur rare par Kinshasa. Le gouvernement congolais y voit bien plus qu’une mesure sanitaire – un geste politique aux implications tragiques pour la riposte en cours dans le Nord-Kivu.
Face à la presse, le porte-parole Patrick Muyaya a donné le ton en qualifiant la décision rwandaise de « geste de mauvaise foi », un acte qui prouverait que « la vie des Congolais ne vaut pas » aux yeux de Kigali. Derrière la dénonciation, se dessine une accusation plus lourde : celle d’une indifférence assumée envers les populations vivant dans les zones sous contrôle de la rébellion du M23, soutenue selon Kinshasa par l’armée rwandaise. La fermeture des frontières Ebola vient ainsi s’ajouter à l’instrumentalisation d’une crise humanitaire déjà critique.
L’argument central du gouvernement congolais est sans détour : la présence militaire rwandaise sur le sol congolais constitue l’obstacle majeur à une riposte sanitaire efficace. « Pensez-vous que celui qui ferme ses frontières peut se mobiliser pour venir donner l’appui qu’il faut au système de santé en temps d’épidémie ? », a lancé Muyaya, avant d’appeler au retrait immédiat des forces de Kigali et de leurs « supplétifs » de l’AFC/M23. Pour Kinshasa, seul un désengagement militaire permettrait au virologue Jean-Jacques Muyembe et aux équipes nationales de se déployer librement sur l’ensemble du territoire affecté, notamment autour de Goma, plaque tournante des déplacements de population.
Visiblement soucieux de ne pas aggraver les fractures, le porte-parole a tenu à rappeler que le président Félix Tshisekedi entendait garantir une prise en charge sanitaire à toutes les populations affectées, sans distinction territoriale. « Même pour ceux qui sont dans les territoires sous occupation, nous y travaillons », a-t-il souligné. Un message qui traduit la volonté de ne pas abandonner les Congolais sous contrôle rebelle, mais qui souligne l’impuissance des autorités légitimes face à l’occupation étrangère.
Cette friction sanitaire s’inscrit dans un contexte bilatéral profondément dégradé. Les deux capitales s’accusent mutuellement de soutenir des groupes armés – le Rwanda étant désigné comme le parrain du M23, tandis que Kigali dénonce la coopération présumée de Kinshasa avec les FDLR. L’accord de Washington, censé ramener un semblant de normalisation, peine à produire des effets tangibles sur le terrain, chaque partie campant sur une lecture divergente du texte. L’émergence d’Ebola dans le Nord-Kivu, région déjà ravagée par les attaques des ADF et l’activisme de multiples milices locales, transforme cette impasse diplomatique en une crise aux répercussions humanitaires directes.
La fermeture des frontières rwandaises, brandie comme un réflexe sécuritaire, pourrait finalement aggraver la propagation du virus en poussant les populations à emprunter des voies de contournement non contrôlées. Pour une riposte sanitaire déjà asphyxiée par l’insécurité permanente dans l’Est, ce nouvel obstacle risque de retarder encore le déploiement des équipes médicales. Et si la RDC condamne aujourd’hui le Rwanda avec la vigueur que l’on sait, c’est moins par surprise que pour souligner une réalité amère : dans cette région où la guerre dicte sa loi, le virus Ebola trouve un allié de poids dans l’instabilité chronique.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
