L’épidémie d’Ebola en Ituri vient de franchir un cap décisif. En débarquant à Bunia ce dimanche 17 mai, le ministre national de la Santé, Roger Kamba, n’a pas seulement effectué une visite de courtoisie : il a posé les jalons d’une riposte concrète. L’annonce est tombée dès les premières heures : des centres de traitement vont être déployés sans attendre à Rwampara, Mongbwalu et dans la ville même de Bunia. Mais au fait, combien de vies pourraient basculer si l’on tarde à agir ?
Pour saisir l’urgence, il faut remonter à ce jeudi soir où les autorités sanitaires ont confirmé le diagnostic du virus Ebola en Ituri. En l’espace de trois jours, le gouvernement central a envoyé son plus haut responsable de la santé pour constater les dégâts et coordonner la riposte. « D’abord, je suis venu constater la situation très rapidement. Vous savez que le diagnostic a été fait jeudi soir, nous sommes dimanche. Donc le gouvernement de la République a voulu montrer très rapidement qu’on ne peut pas laisser nos populations se débrouiller seules pendant plusieurs jours », a déclaré le ministre. Cette réactivité rappelle qu’en matière d’épidémie, chaque heure compte comme une goutte d’eau dans un incendie de forêt.
L’installation des centres de traitement Ebola à Bunia et dans les zones de Rwampara et Mongbwalu n’est pas un caprice logistique. Elle repose sur une réalité clinique implacable : 59 malades sont actuellement pris en charge de manière active. Un chiffre qui pourrait sembler modeste, mais qui cache une pression invisible sur les structures existantes. Le ministre l’a souligné sans détour : « Nous avons actuellement 59 malades activement pris en charge. Mais nous nous préparons à élargir les capacités de prise en charge sur les trois sites. » Autrement dit, les hôpitaux classiques ne suffisent plus ; il faut des unités spécialisées pour isoler, soigner et couper la chaîne de transmission.
Pourquoi insister autant sur des centres dédiés ? Le virus Ebola, cette fièvre hémorragique dont le taux de létalité peut grimper jusqu’à 90 % sans soins adaptés, se propage à la vitesse d’un feu de brousse lorsqu’il trouve un terrain fragile. Chaque malade non isolé devient un foyer potentiel. Les centres de traitement, équipés de protocoles stricts, jouent le rôle de pare-feu : ils offrent une réhydratation intensive, un contrôle des symptômes et, surtout, une rupture de la chaîne de contamination. C’est un peu comme construire une digue avant la crue.
La stratégie choisie par le ministère de la Santé illustre une riposte sanitaire en RDC qui se veut décentralisée. Plutôt que de concentrer tous les efforts à Bunia, les autorités ont identifié des sites à Rwampara et Mongbwalu, deux localités voisines devenues des épicentres inquiétants. « Les sites sont déjà choisis à Rwampara, à Mongbwalu et ici à Bunia. Ce matin, nous avons amené toutes les tentes pour monter les centres de traitement », a précisé Roger Kamba. Cette approche vise à désengorger les hôpitaux déjà sous pression face à l’afflux des patients suspects, dont le nombre ne cesse d’augmenter en Ituri.
On peut légitimement se demander : ces mesures suffiront-elles à éteindre le foyer ? La réponse dépend autant de l’action gouvernementale que de la coopération communautaire. L’expérience des précédentes épidémies d’Ebola en RDC – notamment dans l’Est du pays – a montré que la rapidité de déploiement des structures de prise en charge est un facteur déterminant. Mais elle a aussi révélé que la défiance vis-à-vis des équipes sanitaires pouvait saborder les meilleures stratégies. Le ministre a d’ailleurs tenu à rassurer : « le gouvernement ne peut pas laisser nos populations se débrouiller seules », une phrase qui sonne comme un appel à la confiance.
En clair, la riposte ne se joue pas seulement sous les tentes blanches des centres de traitement. Elle se gagne dans les quartiers, les marchés, les églises, partout où les gestes barrières et le signalement précoce des symptômes peuvent inverser la courbe. Fièvre brutale, vomissements, diarrhées sanglantes… Ces signes doivent alerter immédiatement. La leçon est simple : face à Ebola, le pire ennemi n’est pas le virus, c’est le silence.
À Bunia, après un entretien avec le gouverneur militaire et une inspection du laboratoire, le ministre a regagné Kinshasa, l’esprit tourné vers les chiffres. Mais ce départ ne marque pas un retrait : il symbolise au contraire le passage à l’action. Les tentes sont là, les sites sont prêts. Dans les heures à venir, ces centres de traitement Ebola de Bunia, Rwampara et Mongbwalu deviendront le cœur battant de la contre-attaque. L’épidémie d’Ebola en Ituri est là, palpable, mais la réponse est en marche. Reste à tous les Congolais de jouer leur partition : rester vigilants, respecter les consignes sanitaires et, surtout, ne jamais sous-estimer un adversaire aussi redoutable.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
