La province de l’Ituri est une nouvelle fois confrontée à son ennemi le plus redoutable : le virus Ebola. Alors que les autorités sanitaires congolaises intensifient la riposte, les États-Unis viennent de déconseiller à leurs ressortissants de s’y rendre, signe que la situation préoccupe bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo. Mais que se passe-t-il exactement sur le terrain, et faut-il céder à la panique ?
Pour comprendre cette épidémie, il faut d’abord rappeler qu’Ebola est une maladie virale hémorragique qui se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou d’un animal porteur. Contrairement à une idée reçue, il ne se propage pas dans l’air comme une grippe. En revanche, sa contagiosité est élevée une fois les symptômes apparus : fièvre brutale, vomissements, diarrhées, hémorragies. Le taux de mortalité peut atteindre 90 % sans prise en charge précoce. C’est pourquoi chaque cas suspect déclenche une réaction en chaîne : identifier, isoler et traiter vite.
En Ituri, les zones de santé de Mongbwalu et Rwampara concentrent l’essentiel des cas suspects recensés en RDC. Selon nos informations, des personnes ayant été en contact avec des malades sont désormais placées sous surveillance sanitaire quotidienne. Une source médicale à Bunia nous a confié : « Certaines personnes ayant été potentiellement exposées au virus font actuellement l’objet d’un suivi sanitaire conformément aux protocoles internationaux de prévention contre Ebola. » Et d’ajouter : « Être sous surveillance ne signifie pas être malade. C’est une mesure de précaution pour éviter toute propagation. » Rassurant, certes, mais cette prudence est à double tranchant : elle nourrit aussi l’inquiétude dans les milieux humanitaires, où l’on constate déjà une multiplication des contrôles et une réévaluation des déplacements vers les zones à haut risque.
L’annonce américaine, révélée par plusieurs sources diplomatiques, a jeté un froid. Les États-Unis, traditionnellement engagés dans la lutte contre Ebola, ferment ainsi symboliquement la porte à l’Ituri. Un acteur humanitaire, sous couvert d’anonymat, confie : « Les équipes restent mobilisées, mais il y a forcément une inquiétude parce qu’Ebola touche directement les mouvements, les contacts humains et les opérations de terrain. » Cette inquiétude est-elle justifiée ? Oui, si l’on considère que la maladie peut contourner nos défenses les plus solides en quelques jours. Mais non, car la riposte congolaise a déjà démontré son efficacité par le passé. D’ailleurs, le ministre national de la Santé publique, Roger Kamba, a appelé à éviter la panique lors de sa visite à Bunia : « Ce n’est pas une maladie mystique. Plus vite on prendra le malade en charge, plus vite on arrêtera la propagation du virus. »
Pour traduire ces paroles en actes, les autorités préparent l’installation prochaine de centres de traitement à Bunia, Mongbwalu et Rwampara. Parallèlement, des équipes spécialisées poursuivent le suivi des cas contacts et mènent des campagnes de sensibilisation auprès des communautés. L’enjeu est de taille : briser les chaînes de transmission avant qu’elles ne s’étendent à de nouvelles zones.
Alors, que faire ? Comme le rappellent les experts, la meilleure protection individuelle reste l’hygiène stricte : se laver régulièrement les mains avec de l’eau et du savon, éviter tout contact avec des personnes présentant des symptômes suspects, et respecter les consignes des équipes médicales. En cas de fièvre ou de signes inquiétants, il ne faut pas hésiter à se rendre dans une structure de santé pour une évaluation rapide. L’Ebola est un virus qui se bat par la rapidité et la coordination. En Ituri, c’est cette course contre la montre qui est engagée. Et comme dans toute épreuve, c’est l’union des forces – humanitaires, autorités et population – qui fera la différence.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
