La province de l’Ituri, théâtre de violences armées et de crises humanitaires, fait face à des défis sanitaires qui interpellent. C’est ce qu’a constaté Anne Ancia, représentante pays intérimaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en République démocratique du Congo, lors d’une mission d’évaluation menée le 13 mai à Bunia. En rencontrant le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, la responsable onusienne a posé un diagnostic sans détour : la situation sanitaire en Ituri est critique, et les besoins de la population peinent à être couverts.
Mais au fait, pourquoi cette visite est-elle si importante ? L’OMS, principal partenaire technique du ministère de la Santé, ne se déplace pas par hasard. Derrière cette mission, il y a une volonté de comprendre les obstacles auxquels sont confrontées les équipes sanitaires locales, souvent en première ligne. Anne Ancia l’a résumé simplement : « Nous sommes venus pour évaluer la situation sanitaire de la population, ses besoins et les défis auxquels font face nos équipes, afin de voir si l’OMS doit renforcer ou ajuster ses opérations en Ituri. »
Parmi les constats les plus alarmants, le pillage des centres de santé arrive en tête. Imaginez un hôpital vidé de ses médicaments, de ses lits et même de ses panneaux solaires. C’est la réalité dans plusieurs zones de l’Ituri. Les conflits armés obligent les populations à fuir, mais ils engendrent aussi la destruction des infrastructures sanitaires. Comment, dans ces conditions, garantir un accès aux soins pour les femmes enceintes, les enfants malnutris ou les personnes souffrant de maladies infectieuses ? La réponse est malheureusement évidente : l’accès devient quasiment impossible.
La représentante intérimaire de l’OMS n’a pas caché son inquiétude : « Le plus grand défi reste les déplacements continus des populations ainsi que le pillage de certains centres de santé, ce qui limite l’accès des communautés aux services sanitaires. » En termes simples, quand les gens sont poussés sur les routes, ils perdent leurs repères médicaux ; quand les centres de santé sont vandalisés, ils perdent leurs points d’appui. La combinaison est explosive pour la santé publique.
Mais l’Ituri ne fait pas que subir des chocs : elle a aussi une capacité de résilience. Anne Ancia a tenu à saluer le système de surveillance épidémiologique mis en place. Pourtant, même cette sentinelle est fragilisée. Relier les zones reculées à Bunia, où se coordonnent les alertes, nécessite des moyens logistiques que l’insécurité rend précaires. Des équipes restent déployées à Aru et dans d’autres localités pour assurer une réponse rapide en cas d’épidémie de choléra, de rougeole ou de la maladie à virus Ebola, qui a déjà frappé la région par le passé. La mémoire de ces crises est encore vive, et l’OMS ne veut pas être prise au dépourvu.
L’évaluation sanitaire en cours permettra ainsi de redessiner la carte des priorités. Faut-il renforcer la riposte mobile ? Multiplier les cliniques mobiles pour suivre les déplacés ? La représentante a promis un ajustement concret. L’enjeu n’est pas seulement de combler des trous, mais de bâtir une stratégie adaptée à un environnement où la paix reste fragile.
En clair, cette visite d’Anne Ancia en Ituri sonne comme un rappel : la santé ne peut attendre que les fusils se taisent. Chaque centre de santé pillé est une vie en danger. Chaque déplacement non accompagné est un risque d’épidémie. L’OMS, par la voix de sa représentante, réaffirme son engagement à se tenir aux côtés des autorités sanitaires provinciales. Une chose est sûre : les défis restent immenses, mais l’attention portée à l’Ituri ouvre une fenêtre d’espoir pour des interventions mieux ciblées.
Que retenir ? L’évaluation sanitaire menée à Bunia n’est qu’un début, mais elle pose les jalons d’une action renforcée. Les populations de l’Ituri méritent un système de santé qui ne s’effondre pas sous les coups des conflits. Et vous, si vous viviez dans une zone où l’hôpital le plus proche a été pillé, que feriez-vous ? Cette question, Anne Ancia et ses équipes se la posent chaque jour pour mieux agir.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
