L’insécurité en Ituri ne cesse de s’aggraver. Face à la multiplication des attaques meurtrières, particulièrement dans les territoires de Mambasa et Djugu, la MONUSCO a lancé une réponse proactive. Mercredi 13 mai, une série de formations destinées aux leaders communautaires s’est achevée, avec un objectif clair : renforcer les mécanismes locaux de protection et améliorer la transmission des alertes sécuritaires.
Cette initiative, menée en collaboration avec l’Inspection provinciale de la territoriale, intervient dans un climat de terreur. Depuis le mois de mars, les rebelles des ADF ont intensifié leurs incursions dans le territoire de Mambasa, causant la mort de plus de 130 civils. Comment endiguer cette spirale violente ? La MONUSCO parie sur l’implication directe des communautés.
À Mambasa, quarante leaders communautaires ont participé, pendant deux jours, à une formation intensive sur les mécanismes communautaires de protection. Trois axes essentiels ont structuré les échanges : la vérification et la gestion des alertes, la transmission rapide des informations aux autorités, et la clarification des responsabilités des comités locaux de protection. L’idée maîtresse est simple : des alertes précoces et fiables permettent des interventions plus rapides des forces de défense et de sécurité. Ainsi, chaque citoyen devient un maillon d’une chaîne de vigilance.
La question du timing est cruciale. Avec des attaques attribuées aux ADF qui surviennent souvent de manière imprévisible, la réactivité des comités locaux pourrait sauver des vies. « Comment anticiper les prochaines attaques ? » Cette interrogation, partagée par tous les participants, a nourri les ateliers pratiques. Désormais, ces leaders sont mieux outillés pour analyser les signaux faibles et alerter les autorités en temps réel.
Parallèlement, dans le territoire de Djugu, au cœur des localités de Gina et Risasi, d’autres leaders communautaires – dont neuf femmes – ont actualisé leurs plans locaux de protection. Ces zones, régulièrement frappées par des violences ayant causé des dizaines de morts ces derniers mois, avaient un urgent besoin de stratégies adaptées. La mise à jour de ces plans vise à réduire les risques sécuritaires en identifiant les points de vulnérabilité et en coordonnant les réponses locales.
Un constat amer a émergé lors des discussions : la méfiance entre la population et les comités locaux de protection reste un frein majeur. Plusieurs leaders ont déploré une collaboration insuffisante, qui profite indirectement aux groupes armés actifs dans la région. Ce déficit de communication se traduit par des alertes tardives ou non vérifiées, permettant aux assaillants de frapper sans opposition. « Sans confiance, nos efforts resteront vains », a rappelé un participant.
Pourtant, l’engagement pris à l’issue de ces formations est porteur d’espoir. Les leaders se sont engagés à redoubler d’efforts pour tisser un lien solide avec leurs communautés et à s’investir pleinement dans les mécanismes de protection. Cette mobilisation locale est une pièce maîtresse de la sécurité en Ituri, où la MONUSCO joue un rôle de catalyseur, mais où la véritable force réside dans la résilience des populations.
Alors que le bilan des victimes s’alourdit, ces formations apparaissent comme une lueur dans l’obscurité. La protection des civils ne peut être garantie sans une synergie entre les forces de l’ordre et les communautés elles-mêmes. En formant les leaders communautaires, la MONUSCO mise sur une approche préventive qui, si elle est bien exécutée, pourrait inverser la tendance meurtrière des attaques ADF. La survie de milliers de Congolais en dépend.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
