Imaginez un instant : votre enfant brûle de fièvre, la route est coupée, et le centre de santé le plus proche n’a plus ni infirmier ni médicaments. Pour des milliers de familles de Mambasa, en Ituri, ce cauchemar est devenu le quotidien. Depuis le début du mois de mars 2026, quatorze structures sanitaires sur dix-sept ont fermé leurs portes dans les aires de santé de Bafwakoa et Badengaido, plongeant la région dans une crise humanitaire en Ituri sans précédent. Une véritable hémorragie sanitaire, provoquée par les attaques répétées des rebelles ADF qui terrorisent les populations et désorganisent le système de soins.
La mécanique de cette déroute est aussi simple qu’effrayante : quand les balles crépitent, les soignants s’enfuient. Face aux incursions meurtrières des ADF, plus d’une centaine d’infirmiers et leurs familles ont abandonné les formations sanitaires de Mambasa-centre pour chercher refuge à Niania et dans les zones urbaines moins exposées. Résultat immédiat : l’accès aux soins santé en Ituri est littéralement coupé pour des milliers de civils, dont beaucoup venaient tout juste de regagner leurs villages après des années de déplacement. Aujourd’hui, seules trois structures publiques tentent de maintenir flamme, un véritable filet de sécurité percé de toute part.
Les conséquences de cette fermeture des structures sanitaires à Mambasa sont déjà visibles. Paludismes non traités qui évoluent en anémies sévères, infections respiratoires qui se compliquent faute d’antibiotiques, grossesses à risque sans suivi : chaque jour qui passe transforme des maladies curables en condamnations à mort silencieuses. Comme le dit un médecin œuvrant encore sur place, « une population sans centre de santé, c’est un champ livré aux épidémies, et personne ne sait où la prochaine piqûre va venir frapper. » En effet, la couverture vaccinale s’effondre, ouvrant la porte à des flambées de rougeole ou de choléra, dans une région déjà fragilisée.
Ce drame humanitaire s’est déroulé à l’approche de la Journée internationale des infirmiers, un contraste cruel qui n’a échappé à personne. Depuis leurs lieux de refuge, les infirmiers déplacés de RDC ont lancé un appel poignant au gouvernement : « Les incursions répétées des ADF nous ont mis en débandade. Il n’y a pas d’aide et nous vivons difficilement. Les autorités doivent rétablir la sécurité afin que nous puissions exercer sans danger. » Ce témoignage, recueilli par des sources concordantes, montre à quel point le lien entre sécurité et santé est indissociable. Pourtant, au milieu de cette précarité, certains soignants ont choisi de ne pas baisser les bras. Ils ont rejoint les structures d’accueil à Niania et Mambasa et continuent à accueillir les malades, qu’ils soient déplacés ou membres des communautés hôtes. Leur message à leurs collègues est fort : « Ne jamais abandonner le service. Même si les moments sont difficiles, continuons à travailler parce que c’est notre vocation. »
Cette résilience héroïque ne doit cependant pas masquer l’urgence absolue. Combien de vies devront encore être perdues avant que la paix ne revienne dans les zones ravagées par les attaques ADF en Ituri ? Le rétablissement de la sécurité est la condition sine qua non pour relancer l’accès aux soins. En attendant, il est crucial que les agences humanitaires puissent apporter un appui aux derniers infirmiers sur le terrain et organiser des cliniques mobiles pour atteindre les villages enclavés. La santé des Congolais de Mambasa ne peut plus rester l’otage des groupes armés. Chaque jour sans soin est une urgence nationale.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
