Un cessez-le-feu unilatéral a été déclaré ce jeudi 14 mai en Ituri par la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), groupe armé dirigé par Thomas Lubanga. Cette annonce, effective à partir de minuit, constitue un nouveau pas en avant dans le processus de paix en Ituri, région dévastée par des années de violences intercommunautaires.
Selon un communiqué parvenu à notre rédaction, la CRP justifie cette trêve par la volonté de « donner une chance au pré-dialogue engagé avec le gouvernement de la République démocratique du Congo ». Une décision qui intervient alors que les efforts de pacification s’intensifient dans le territoire de Djugu, bastion de la milice.
Thomas Lubanga, figure emblématique de cette rébellion, avait déjà été condamné par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre en 2012. Sa milice, longtemps active dans les zones aurifères, est accusée de multiples exactions. L’adhésion de la CRP au processus de paix constitue donc un signal fort, susceptible de faire basculer la dynamique sécuritaire dans la province.
Ce ralliement n’est pas isolé. En juin dernier, plusieurs groupes armés de l’Ituri – dont la CODECO, la FPIC, le FRPI, les comités d’autodéfense et le mouvement Chini ya Tuna – avaient déjà souscrit aux engagements dits « Aru 2 », visant la cessation définitive des hostilités. L’arrivée de la CRP dans ce concert des bonnes volontés renforce le portefeuille de signataires et donne du crédit à une possible stabilisation.
Pour les populations civiles, meurtries par les tueries, les déplacements massifs et les pillages, ce cessez-le-feu unilatéral en Ituri est accueilli avec un mélange de soulagement et de méfiance. « Combien de trêves avons-nous vues voler en éclats ? » s’interroge un habitant de Bunia sous couvert d’anonymat. La crédibilité du processus dépendra désormais de la mise en œuvre effective de ces engagements sur le terrain.
La Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO) ainsi que les autorités provinciales ont salué cette avancée, tout en appelant à une vérification rigoureuse du respect de la trêve. Des observateurs indépendants devraient être déployés pour contrôler les positions des groupes et empêcher toute reprise des combats. Le gouvernement congolais, de son côté, n’a pas encore officiellement réagi, mais des sources proches des négociations indiquent que des discussions préliminaires étaient en cours depuis plusieurs semaines.
L’enjeu est de taille : l’Ituri a été le théâtre de conflits meurtriers ayant fait des milliers de morts et plus d’un million de déplacés. La présence de dizaines de groupes armés a longtemps entravé les initiatives de paix. Avec l’adhésion de la CRP de Thomas Lubanga, le puzzle se complète peu à peu. Reste à savoir si les promesses d’aujourd’hui survivront aux réalités du lendemain. La population retient son souffle, priant pour que ce cessez-le-feu unilatéral ne soit pas une énième coquille vide dans le triste chapelet des annonces sans lendemain.
Le processus de paix en Ituri entre dans sa phase la plus sensible. Les mots doivent se transformer en actes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
