Le mardi 12 mai 2025 restera gravé comme le jour où les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont repris pied dans la localité de Luvungi, territoire d’Uvira, province du Sud-Kivu. Un redéploiement qui sonne la fin d’une occupation rebelle longue de plusieurs mois. Les troupes de l’AFC/M23 et leurs alliés se sont retirées sans opposer de résistance, laissant derrière elles des communautés exsangues.
Le lieutenant Reagan Mbuyi Kalonji, porte-parole des opérations Sokola 2 Sud, a confirmé que l’entrée des FARDC s’est opérée en début d’après-midi. Selon lui, ce mouvement marque la cessation de l’occupation par les troupes rwandaises et leurs supplétifs, notamment les groupes armés M23, Twirwaneho et RED-Tabara. Une annonce accueillie avec soulagement par les habitants, mais teintée d’amertume.
Le redéploiement des FARDC ne se limite pas à Luvungi. Il s’étend le long de la route nationale numéro 5 (RN5), un axe vital qui traverse la plaine de la Ruzizi. Outre Luvungi, les localités de Sange, Kabunambo, Nyakabere, Mutarule, Luberizi et Bwegera ont été reprises par les éléments des forces gouvernementales. Cette vaste opération de restauration de l’autorité de l’État vise à rétablir la libre circulation des personnes et des biens, gravement entravée par l’insécurité.
L’AFC/M23, coalition hétéroclite de groupes armés soutenus par Kigali, avait semé la terreur dans la plaine de la Ruzizi. Mais derrière ce retrait sans combat, un drame humain se dessine. Avant de battre en retraite, les rebelles se sont livrés à des actes de pillage, de saccage et de vandalisme qui ont choqué les populations civiles. À Sange et à Luvungi, des témoins ont vu leurs commerces vidés, leurs habitations saccagées, leurs biens emportés ou détruits. L’armée congolaise a dénoncé ces exactions, les qualifiant de crimes contre les populations déjà durement éprouvées par des mois de terreur.
Ces pillages systématiques posent une question lancinante : comment reconstruire après le passage de ces groupes armés ? Les habitants, qui avaient fui les combats ou vivaient terrés, découvrent un paysage de désolation. Les infrastructures de base, déjà précaires, ont été ciblées, aggravant une situation humanitaire déjà critique.
Pourtant, l’espoir n’est pas éteint. Le lieutenant Kalonji attribue ces avancées à une combinaison d’efforts militaires et diplomatiques, menés sous l’impulsion du chef de l’État Félix Tshisekedi. La population locale, bien que meurtrie, voit dans le retour des FARDC un signe tangible de la volonté du gouvernement de reprendre le contrôle de la région du Sud-Kivu. Les sources locales rapportent une attente immense quant à la reprise durable des activités socio-économiques, notamment l’agriculture et le commerce transfrontalier, piliers de la survie dans la plaine de la Ruzizi.
La sécurisation définitive de cette zone demeure un défi colossal. La présence renforcée des FARDC sur la RN5 est une première étape, mais elle devra s’accompagner d’enquêtes sur les exactions commises et de mesures pour indemniser les victimes. Les prochains jours seront déterminants pour juger de la pérennité de ce redéploiement. Les regards se tournent désormais vers Kinshasa et la communauté internationale pour soutenir ce fragile retour à la stabilité.
Ainsi, le Sud-Kivu, théâtre de tant de conflits, pourrait-il entrevoir une accalmie ? Le redéploiement des FARDC à Luvungi et dans les localités environnantes marque un tournant. Mais la paix ne se décrète pas ; elle se construit pas à pas, dans la réparation des cœurs et des biens.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
