En l’espace d’une semaine, plus d’une dizaine de porcs ont succombé à une mystérieuse pathologie dans la chefferie des Nio Kamule, territoire d’Aru, en Ituri. Une hécatombe silencieuse qui, selon les premiers constats sur le terrain, porte toutes les caractéristiques de la peste porcine – ce fléau redouté qui, à chaque résurgence, frappe au cœur le tissu socio-économique des communautés rurales. Avec une rapidité inquiétante, la maladie s’installe, et les chiffres pourraient vite grimper si rien n’est fait : de nombreux autres animaux présentent déjà diarrhée, lésions cutanées, perte d’appétit et fièvres élevées.
Pour les éleveurs locaux, chaque porc qui tombe est un coup dur. L’élevage porcin dans cette partie de l’Ituri n’est pas une activité anodine ; il constitue un pilier essentiel de l’économie domestique et la principale source de protéines animales pour des milliers de ménages. « Ici, un porc, c’est un compte épargne sur pattes », confie Joseph Ngabu, économiste rural basé à Bunia, joint par notre rédaction. « Quand la maladie fauche ces bêtes, ce sont des mois de travail, des économies et des espoirs qui partent en fumée. » La métaphore est brutale, mais elle dit vrai : dans une région où l’accès au crédit est quasi inexistant, le bétail sert à la fois de capital et de filet de sécurité. Une épizootie comme celle soupçonnée pourrait saigner à blanc des communautés entières.
Et la menace est d’autant plus grave qu’elle s’inscrit dans un contexte régional de faible surveillance sanitaire. La société civile locale pointe du doigt l’importation incontrôlée de porcs en provenance des pays frontaliers. Des animaux introduits sans le moindre contrôle vétérinaire, ni quarantaine, au mépris des règles les plus élémentaires de biosécurité. Résultat : la contagion s’invite au cœur des élevages, transformant chaque nouveau cas en potentiel foyer de propagation. Selon nos informations, plusieurs villages de la chefferie Nio Kamule seraient déjà touchés, mais le décompte exact reste difficile, tant les capacités de diagnostic sont limitées.
Face à l’urgence, la société civile exige des mesures fortes : une campagne de vaccination ciblée et le renforcement immédiat des contrôles aux frontières et sur les marchés à bétail. Un appel qui se heurte à une réalité tout aussi préoccupante : les services de l’élevage en Ituri manquent cruellement de moyens. Le responsable provincial du service de l’Élevage, que nous avons interrogé, reconnaît « la gravité de la situation » mais tempère en promettant des précisions après une évaluation technique attendue dans les prochaines heures. Une attente qui, pour bien des éleveurs, sonne comme un luxe qu’ils ne peuvent plus se payer.
Au-delà du drame sanitaire, c’est toute une économie locale qui retient son souffle. Le cheptel porcin d’Aru alimente non seulement les marchés d’Ituri, mais aussi ceux du Haut-Uélé et de la région frontalière ougandaise. Une paralysie de la filière aurait des répercussions en cascade : flambée du prix de la viande, pertes de revenus pour les éleveurs, aggravation de l’insécurité alimentaire dans un territoire déjà marqué par les tensions. Pour l’instant, le spectre de la peste porcine plane, mais si rien n’est fait, la facture économique risque d’être bien plus lourde que les quelques porcs déjà tombés.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
