Combien de milliers d’étudiants congolais s’acquittent-ils chaque année de frais académiques sans jamais savoir précisément où va leur argent ? Cette question, longtemps murmurée dans les amphithéâtres et les couloirs des universités publiques, prend désormais une dimension officielle. Le 7 mai 2026, l’Assemblée nationale a installé une commission d’enquête parlementaire dédiée à la gestion des frais académiques dans l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU). Une décision qui pourrait marquer un tournant dans la gouvernance d’un secteur stratégique pour l’avenir du pays.
L’initiative émane du député André Mushongo, élu de Tshikapa, qui a saisi la représentation nationale après avoir recueilli de nombreux témoignages et documents accablants. Selon lui, plusieurs établissements publics ne reversent pas l’intégralité des quotités du minerval perçues auprès des étudiants. Pire, une partie de ces ressources, théoriquement destinée à l’amélioration des conditions d’apprentissage, serait affectée à d’autres fins, sans que les bénéficiaires – les étudiants – n’en perçoivent les effets concrets. André Mushongo a également pointé du doigt les retards anormalement longs dans la délivrance des diplômes, alors même que les droits correspondants ont été payés rubis sur l’ongle.
Mais ce n’est pas tout. La commission, composée de 23 membres, devra aussi se pencher sur des pratiques pour le moins étonnantes : la perception continue de frais de construction dans des universités déjà financées par le Trésor public, ainsi que la facturation récurrente de frais d’internet, alors que des dispositifs de connexion gratuite auraient été installés sur plusieurs campus. Autant d’irrégularités qui interrogent la transparence de la gestion des frais académiques dans les universités publiques RDC.
Le rapporteur du Bureau de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli, a officiellement lancé les travaux de cette commission d’enquête parlementaire sur l’enseignement supérieur, en lui fixant une mission claire : auditer la perception et la gestion des frais de dossier, des frais bancaires, des frais techniques et de toutes les autres quotités collectées durant les trois dernières années académiques. L’horizon temporel est serré – vingt jours – et les enquêteurs se déplaceront dans plusieurs villes universitaires du pays pour entendre les gestionnaires, croiser les pièces comptables et recueillir la parole des étudiants eux-mêmes.
Ce coup de projecteur sur l’opacité qui entoure les flux financiers de l’ESU est révélateur d’un malaise plus profond. Les familles congolaises consentent d’énormes sacrifices pour scolariser leurs enfants, et la question de la redevabilité est devenue un enjeu social majeur. Comment justifier qu’une université publique continue de réclamer des frais de construction alors que l’État a déjà débloqué les budgets correspondants ? Pourquoi facturer l’accès au Wi-Fi si le matériel a été offert ou subventionné ? Ces interrogations, longtemps restées sans réponse, trouvent enfin un cadre institutionnel pour être posées.
L’approche de la commission, bien que brève, pourrait avoir des répercussions importantes. Si les abus sont confirmés, elle recommandera sans doute des sanctions et, plus fondamentalement, une refonte des mécanismes de contrôle interne. Pour les observateurs, c’est aussi l’occasion de repenser la gouvernance des établissements, en intégrant davantage de transparence et de participation des étudiants à la gestion des frais académiques en RDC.
En attendant les premières conclusions, une chose est sûre : l’affaire dépasse le simple cadre comptable. Elle touche à la crédibilité de l’enseignement supérieur congolais et à la confiance des jeunes dans les institutions. André Mushongo, par sa saisine, a ouvert une brèche dans le mur du silence. Reste à savoir si la lumière sera suffisante pour tout éclairer. Les étudiants, eux, ne demandent qu’une chose : savoir où va leur argent, pour que chaque franc payé serve vraiment à construire leur avenir.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
