La visite du ministre des Mines RDC, Louis Watum Kabamba, dans l’Ituri en proie aux conflits, jette une lumière crue sur le paradoxe congolais : une richesse souterraine immense qui, au lieu de financer le développement, alimente trop souvent l’instabilité. Cette tournée minière Ituri, qui s’inscrit dans une mission plus large au Bas-Uélé et au Maniema, ne se limite pas à un simple bilan économique. Elle s’attaque à l’épineuse question du financement groupes armés par l’or et autres minerais, un lien de causalité désormais établi mais toujours aussi difficile à rompre.
Sur le terrain, le constat est sévère. Dans des territoires comme Djugu et Mambasa, l’exploitation minière artisanale fonctionne souvent en dehors de tout cadre légal, échappant au contrôle des autorités et alimentant des réseaux parallèles. Ces circuits informels, véritables trous noirs de l’économie nationale, privent l’État de précieuses recettes fiscales. Pire, ils constituent une manne financière vitale pour les factions armées qui sévissent dans la région, perpétuant un cycle infernal de violence et d’insécurité. Comment une ressource aussi stratégique peut-elle être à ce point détournée de sa vocation première de moteur de croissance ?
La réponse du ministre, sur place depuis ce lundi 20 avril 2026, s’articule autour d’un axe central : le renforcement drastique de la traçabilité minerais. « Il est impératif de renforcer la traçabilité des minerais et de mettre fin aux circuits illégaux qui privent l’État de ses ressources et alimentent l’instabilité », a-t-il déclaré à Bunia. Cette déclaration traduit une prise de conscience officielle de l’urgence à agir. L’enjeu dépasse la simple régulation sectorielle ; il touche à la souveraineté économique et à la sécurité nationale. Sans un contrôle effectif de la chaîne d’approvisionnement, des puits d’extraction aux comptoirs d’exportation, toute tentative de pacification demeure fragile.
Les défis sont colossaux. D’un côté, il faut formaliser et encadrer des milliers de sites d’exploitation minière artisanale, souvent situés dans des zones reculées et peu sécurisées. De l’autre, il est crucial de briser les synergies mortifères entre exploitants clandestins, réseaux de contrebande et groupes belligérants. La mission du ministre des mines RDC vise ainsi à évaluer l’impact de cette exploitation sur les communautés locales et l’environnement, tout en identifiant les maillons faibles de la chaîne de contrôle étatique. Cette évaluation est un préalable indispensable à l’élaboration de réformes structurelles crédibles.
La situation en Ituri illustre un phénomène économique pervers : la « malédiction des ressources ». L’or, au lieu d’être un vecteur de prospérité partagée, se transforme en carburant pour les conflits. Le contrôle des sites miniers est devenu un objectif stratégique pour de nombreux groupes, faisant du sous-sol un champ de bataille. Cette économie de guerre déstabilise non seulement la province mais aussi les équilibres macroéconomiques du pays, en détournant une partie significative de la production vers des marchés gris. Les pertes pour le Trésor public sont considérables, freinant les investissements dans les infrastructures et les services sociaux.
L’issue de cette tournée minière Ituri sera donc scrutée à la loupe. Présente-t-elle le potentiel d’un tournant décisif ? Tout dépendra de la capacité des autorités à traduire les diagnostics en actions concrètes et coordonnées. Une approche purement sécuritaire, sans amélioration de la gouvernance économique, serait vouée à l’échec. À l’inverse, des réformes administratives ne pourront aboutir sans un environnement sécurisé. La clé réside sans doute dans un dispositif intégré associant militarisation des zones sensibles, digitalisation des circuits de commercialisation pour assurer la traçabilité minerais, et inclusion des acteurs locaux dans une économie minière formalisée.
À long terme, l’assainissement du secteur minier artisanal en Ituri est une condition sine qua non pour une paix durable et une croissance inclusive. Tant que les minerais continueront de financer l’achat d’armes plutôt que la construction d’écoles et d’hôpitaux, le développement de la région restera un mirage. La mission de Louis Watum Kabamba pose les premiers jalons d’une réponse nationale à ce défi. Son succès mesurera la capacité de l’État congolais à reprendre la main sur l’intégralité de ses ressources naturelles et à briser enfin le lien toxique entre richesse du sous-sol et violence.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
