Lors de la première journée de sa visite en Angola, troisième étape d’une tournée africaine de onze jours, le pape Léon XIV a lancé un réquisitoire sévère contre le modèle économique d’extraction des ressources naturelles qui prévaut dans la région. Face aux autorités et à la société civile réunies à Luanda, le souverain pontife a dénoncé avec force la « logique d’exploitation » des richesses du sous-sol, qu’il a directement reliée à des « catastrophes sociales et environnementales » dévastatrices. Ce discours, prononcé dans un pays où l’économie reste très dépendante du pétrole, résonne bien au-delà des frontières angolaises, touchant au cœur des défis de toute l’Afrique australe.
« Combien de souffrances, combien de morts, combien de catastrophes sociales et environnementales sont engendrées par cette logique d’exploitation ! », s’est exclamé le pape, élu en mai 2025. Son intervention s’inscrit dans la continuité de prises de parole percutantes entamées plus tôt dans sa tournée, notamment au Cameroun, où il s’en était pris à « ceux qui, au nom du profit, continuent de s’emparer du continent africain pour l’exploiter et le piller ». Ces déclarations tranchent avec l’image initiale d’un pontife discret, marquant une évolution vers un style plus affirmé et un engagement plus direct sur les questions de justice sociale et économique.
Le contexte angolais donne un relief particulier à ce message. Le pays, dirigé d’une main de fer par le MPLA depuis son indépendance en 1975, possède d’immenses ressources minières et pétrolières. Pourtant, une grande partie de sa population, dont les deux tiers ont moins de 24 ans, ne bénéficie pas équitablement de ces richesses. Une corruption endémique et une gestion souvent critiquée ont creusé les inégalités. Le discours du pape Léon XIV semble ainsi viser autant les intérêts étrangers que les gouvernances locales, appelant à une refonte du modèle de développement. « N’ayez pas peur de la dissidence, n’étouffez pas les visions des jeunes et les rêves des anciens », a-t-il lancé, dans un plaidoyer pour plus de pluralisme et d’inclusion.
Parallèlement à cette critique économique, le pontife a tenu à clarifier le sens de ses récents discours en Afrique. Réagissant implicitement aux diatribes du président américain Donald Trump au début de sa tournée, Léon XIV a assuré que ses propos n’étaient pas une réponse personnelle. Il a précisé qu’un discours prononcé au Cameroun, dénonçant un monde « ravagé par une poignée de tyrans », avait été écrit « il y a deux semaines », bien avant les réactions de l’ancien président. « Débattre de nouveau avec lui n’était pas dans son intérêt », a-t-il ajouté, cherchant à recentrer le débat sur le fond de son message plutôt que sur une polémique médiatique.
La dimension régionale de cette tournée papale en Afrique australe est cruciale. L’Angola est au centre de projets d’envergure comme le corridor de Lobito, une voie ferroviaire et portuaire destinée à exporter les minerais de la République démocratique du Congo (RDC) et de la Zambie voisines. Cette infrastructure, souvent présentée comme un vecteur de développement, incarne aussi les risques d’une exploitation accélérée des ressources sans bénéfices locaux suffisants. Les critiques du pape sur l’exploitation minière trouvent ici un écho direct, interrogeant les conditions dans lesquelles les richesses du sous-sol congolais, notamment, sont extraites et commercialisées. Quel avenir pour des pays riches en minerais mais souvent pauvre en retombées pour leurs populations ?
L’accueil réservé au pape Léon XIV témoigne de l’attente qu’il suscite. Des foules immenses l’ont acclamé à son arrivée à Luanda, où près de 44% de la population se dit catholique. Pour de nombreux fidèles, comme Helena Maria Miguel, cette visite a une « signification immense ». Elle intervient dans un contexte national difficile, marqué récemment par des inondations meurtrières et la répression de manifestations contre la vie chère. En appelant à ne pas avoir peur de la dissidence, le message du pape touche une corde sensible dans une nation encore en convalescence après une longue guerre civile.
Alors que sa tournée se poursuit vers la Guinée équatoriale, le pape Léon XIV aura réussi, en quelques discours, à placer les enjeux de l’exploitation des ressources africaines et de la gouvernance au centre du débat international. Son plaidoyer pour un modèle de développement plus juste et plus respectueux des populations et de l’environnement dépasse le cadre religieux. Il pose des questions fondamentales sur l’avenir économique de l’Afrique australe et la gestion de son patrimoine naturel. Les effets de ce message, adressé autant aux dirigeants locaux qu’aux partenaires économiques étrangers, restent à observer, mais il a indéniablement donné une voix puissante à des préoccupations largement partagées sur le continent.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
