La France peut-elle être un partenaire décisif dans la quête de paix à l’Est de la République démocratique du Congo ? C’est en tout cas le pari diplomatique et stratégique que semble avoir fait le gouvernement de Kinshasa en dépêchant son vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo Muandiamvita, dans la capitale française. Cette visite, qui s’est déroulée les 16 et 17 avril, avait pour objectif avancé de solliciter une implication plus forte de Paris, tant au niveau parlementaire qu’exécutif, dans les efforts de stabilisation de la région des Grands Lacs. Une mission délicate qui place la coopération militaire RDC-France sous les projecteurs, à un moment où les FARDC sont soumises à une pression sécuritaire extrême.
Lors d’un entretien avec Jean-Michel Jacques, président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale française, Guy Kabombo a directement porté la voix de la RDC. Il a plaidé pour une mobilisation du législateur français en faveur de la restauration d’une paix durable. Une démarche qui, au-delà du symbole, cherche à ancrer le soutien français dans la durée et à lui donner une légitimité politique élargie. En promettant l’accompagnement de son pays, Jean-Michel Jacques a offert une oreille attentive, mais la véritable traduction de ces promesses en actions concrètes reste à observer. Cette étape parlementaire est-elle le prélude à un engagement plus substantiel, ou reste-t-elle un exercice de diplomatie formelle ?
Le ministre congolais s’est ensuite rendu à l’École militaire, lieu symbolique s’il en est, où il a encouragé les stagiaires congolais, leur assurant le soutien de leur gouvernement. Cette visite, deux ans après celle du président Félix Tshisekedi, vise manifestement à renforcer les liens interarmées et à capitaliser sur la formation des cadres, pilier essentiel de la professionnalisation. La tournée s’est poursuivie à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), le cerveau stratégique du ministère français des Armées. Des experts des deux parties y ont échangé sur des sujets techniques cruciaux : l’armée de terre, les liaisons avec les missions étrangères, les procédures d’accréditation. Ces discussions opérationnelles signalent une volonté d’ajuster les mécanismes de la coopération aux réalités du terrain.
La veille, une rencontre de haut niveau avait déjà jeté les bases de cette relance. Avec son homologue française, la ministre des Armées Catherine Vautrin, Guy Kabombo a exprimé un souhait commun : voir les FARDC « monter en puissance » pour répondre durablement aux défis sécuritaires. Le ministre congolais a habilement rappelé l’ancrage historique de cette coopération, nouée par un accord général en mai 1974, tout en insistant sur la nécessité de moderniser ce cadre juridique devenu, en cinquante ans, quelque peu obsolète. De son côté, la France a réaffirmé sa disponibilité à accompagner les efforts de professionnalisation des forces congolaises et les initiatives de paix dans l’Est de la RDC. Un discours de soutien attendu, mais dont la concrétisation exigera des arbitrages budgétaires et politiques à Paris.
Cette diplomatie de défense active menée par Guy Kabombo à Paris soulève plusieurs questions. Le choix de la France comme interlocuteur privilégié en cette période critique est-il le fruit d’une réelle convergence d’intérêts stratégiques, ou relève-t-il d’une diversification des partenariats face aux limites perçues d’autres alliances ? La volonté affichée de moderniser l’accord de 1974 pourrait ouvrir la voie à des soutiens plus adaptés, notamment en matière de renseignement, de logistique ou d’appui au commandement. Cependant, l’histoire récente de la région des Grands Lacs est émaillée d’initiatives internationales aux résultats mitigés. La France, dont l’influence en Afrique centrale est scrutée avec autant d’espoir que de méfiance, parviendra-t-elle à impulser une dynamique nouvelle ?
Pour donner corps à ces déclarations d’intention, le ministère congolais de la Défense a annoncé l’envoi prochain d’un attaché de défense à Paris. Ce poste, s’il est pourvu d’un mandat clair et de moyens adéquats, pourrait effectivement renforcer la coordination bilatérale au quotidien. Il s’agira de transformer le dialogue politique en programmes opérationnels tangibles. La stabilisation de l’Est de la RDC, épineuse et complexe, nécessite plus que des bonnes paroles ; elle exige des engagements fermes, durables et ajustés à la nature hybride des conflits qui ravagent la région. Le gouvernement Tshisekedi, par la voix de son ministre de la Défense, joue donc une carte importante en cherchant à réactiver le levier français. L’échec de cette tentative de rapprochement ne serait pas sans conséquence sur la crédibilité internationale de Kinshasa en matière de gestion sécuritaire.
Les prochains mois seront décisifs pour évaluer la traduction de cette volonté diplomatique en actions concrètes sur le terrain. L’arrivée de l’attaché de défense, la révision éventuelle de l’accord-cadre et la matérialisation des promesses françaises d’accompagnement constitueront autant de tests pour cette coopération militaire RDC-France revitalisée. Entre les besoins immenses des FARDC et les capacités (et la volonté) réelles de la France à y répondre, la marge de manœuvre est étroite. La paix dans les Grands Lacs se construit aussi dans les couloirs feutrés de Paris, mais elle se gagnera uniquement dans les collines du Kivu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
