Les populations civiles des hauts plateaux du Sud-Kivu vivent sous la menace constante de frappes aériennes. Une escalade dramatique de la violence, marquée par l’usage intensif de drones et d’avions de chasse, transforme les territoires de Fizi, Mwenga et Uvira en zones de combat à haut risque. Human Rights Watch (HRW) tire la sonnette d’alarme ce mardi 14 avril, révélant une aggravation notable de la situation depuis novembre 2025. Le conflit armé, qui s’enlise, ne fait plus de distinction entre combattants et non-combattants.
Les frappes drones dans le Sud-Kivu ont atteint un niveau sans précédent. Des témoignages recueillis par l’ONG internationale font état d’attaques aveugles causant la mort de civils et d’importantes pertes matérielles. En mars 2026, deux membres de la communauté banyamulenge ont péri sous les bombes. Un octogénaire de 86 ans, gardant simplement son bétail près de Minembwe, a été tué le 23 mars. Une semaine plus tard, le 30 mars, un adolescent de 14 ans a perdu la vie dans un champ du territoire de Fizi. Ces attaques drones contre des civils soulèvent une question cruciale : quelles cibles sont réellement visées ? Aucune indication ne permet d’affirmer que des objectifs militaires se trouvaient à proximité.
Au-delà du drame humain, le tissu économique local est laminé. Des dizaines de têtes de bétail ont été décimées et des habitations réduites en cendres lors de ces raids aériens. Pour les habitants, la simple vue d’un drone de reconnaissance dans le ciel de Minembwe est devenue un signal de fuite immédiate. « Nous sommes bombardés en permanence, et de nombreuses personnes sont blessées », confie un professionnel de santé sur place, dépeignant une atmosphère de terreur permanente. Cette campagne aérienne est soutenue au sol par une militarisation accrue des centres urbains, où forces régulières et groupes armés se déploient en nombre.
La liberté de la presse paie également un lourd tribut dans ce conflit armé à Fizi et Mwenga. En mars dernier, une frappe aérienne a ciblé une station radio locale à Madegu, non loin de Minembwe. Un témoin raconte la panique des journalistes contraints de fuir avant que le bâtiment ne soit touché. Cette attaque contre un média souligne la dangereuse érosion des espaces civils et la volonté de réduire au silence toute voix indépendante. Les hostilités s’étendent bien au-delà des lignes de front traditionnelles, touchant des infrastructures essentielles à la cohésion sociale.
Cette intensification des opérations s’inscrit dans un renforcement significatif du dispositif militaire. Selon des sources sécuritaires citées par HRW, l’armée burundaise compte actuellement près de 4 000 soldats déployés dans les territoires de Fizi et Mwenga. Ces troupes opèrent aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans le cadre d’une coalition visant à contenir l’avancée de groupes rebelles. La présence de l’armée burundaise en RDC cristallise les tensions régionales et complexifie davantage la géopolitique du conflit.
La toile d’acteurs est extrêmement emmêlée. D’un côté, le groupe Twirwaneho, issu de la communauté banyamulenge, mène des actions militaires. Ce groupe, désormais allié aux forces rwandaises et au mouvement rebelle du M23, entretiendrait également des liens avec certains groupes armés burundais. Face à cette coalition, les FARDC, appuyées par les milices locales Wazalendo – issues des communautés babembe, bafuliru et banyiundu – et par les soldats burundais, engagent des opérations de contre-offensive. Le conflit oppose ainsi une mosaïque de factions aux alliances mouvantes, où les populations civiles sont prises en étau.
Les frappes aériennes, présentées par les autorités comme des actions ciblées contre des positions militaires, montrent en réalité des limites opérationnelles inquiétantes. Leur précision est régulièrement mise en doute, et le bilan civil ne cesse de s’alourdir. L’utilisation de drones dans des zones habitées, sans discrimination claire, constitue une violation flagrante du droit international humanitaire. Jusqu’où cette escalade technologique dans la guerre est-elle acceptable lorsque son prix est payé par des villages entiers ?
La communauté internationale observe, préoccupée, cette dangereuse évolution. Les Nations unies avaient déjà signalé, fin février, un record de 31 frappes de drones pour le seul mois de février, s’inquiétant de leur usage par toutes les parties belligérantes. Aujourd’hui, le rapport de HRW confirme la tendance à la hausse et son impact dévastateur sur les civils. Les appels au respect des principes de distinction et de proportionnalité dans les conduites d’opérations restent, pour l’heure, sans écho tangible sur le terrain.
L’urgence humanitaire est criante dans les hauts plateaux. L’accès des organisations humanitaires reste limité par l’insécurité, laissant des milliers de personnes sans assistance adéquate. La destruction des moyens de subsistance, comme le cheptel, plonge des familles entières dans une précarité extrême. La peur des bombardements empêche les activités agricoles, menaçant à moyen terme la sécurité alimentaire de toute une région. Le conflit, en se technologisant, crée une paralysie complète de la vie normale.
Face à cette situation, les demandes de transparence et de responsabilité se multiplient. Human Rights Watch exhorte toutes les parties au conflit à cesser immédiatement les attaques indiscriminées et à mener des enquêtes approfondies sur les pertes civiles. L’organisation appelle également le gouvernement congolais à garantir la protection des civils et à rendre publiques les règles d’engagement régissant l’utilisation de la force aérienne. Sans une pression diplomatique forte et une volonté politique réelle de protéger les populations, le cycle de la violence risque de s’auto-alimenter indéfiniment dans l’est de la RDC.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
