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Mbuji-Mayi : six corps abandonnés engorgent la morgue de l’hôpital Notre-Dame de l’Espérance

Imaginez un espace conçu pour le repos temporaire des défunts, transformé en dépôt permanent faute de familles pour les réclamer. C’est la réalité glaçante que vit la morgue de l’hôpital Notre-Dame de l’Espérance à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental. Six dépouilles, dont trois sont celles d’enfants, y séjournent depuis plus d’une année, la plus ancienne y étant présente depuis deux ans et demi. Cette situation, au-delà de son aspect profondément humain, pose un défi logistique majeur et constitue une épée de Damoclès sanitaire pour l’établissement et sa région.

Le docteur Nicodème Kalala, médecin directeur de cet hôpital, tire la sonnette d’alarme. L’encombrement de la morgue par ces corps abandonnés n’est pas qu’un problème d’espace. Chaque place occupée par une dépouille oubliée est une place qui manque pour d’autres familles endeuillées, représentant un manque à gagner significatif pour l’institution. Dans une région où les ressources des hôpitaux publics sont déjà limitées, cet immobilisme forcé pèse lourdement sur le fonctionnement de l’établissement.

Mais le cœur du problème réside dans les risques sanitaires bien réels. Que se passe-t-il lorsque des restes humains se décomposent dans un environnement non conçu pour un stockage à si long terme ? Le Dr Kalala l’explique sans détour : « C’est une source de contamination. » Pour le vulgariser, on peut comparer la morgue à un réfrigérateur qui, surchargé et dont le contenu dépasse la date de péremption, finit par devenir un nid à bactéries et agents pathogènes. Le personnel soignant, les agents de la morgue et les rares visiteurs sont ainsi exposés à des dangers invisibles. Ces micro-organismes peuvent provoquer des infections graves, notamment pour les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Dans un hôpital, où l’on côtoie déjà des patients vulnérables, cette situation ajoute une couche de risque totalement évitable.

Comment en est-on arrivé là ? Le phénomène de l’abandon de corps n’est malheureusement pas un cas isolé à Mbuji-Mayi. Il reflète une triste réalité socio-économique. Souvent, les familles des défunts, frappées par une extrême pauvreté, n’ont tout simplement pas les moyens financiers d’assumer les frais d’inhumation. Dans d’autres cas, les défunts sont des personnes isolées, sans famille proche pour se charger de leurs obsèques. La mort, dans ces conditions, devient un fardeau administratif et financier que personne ne peut ou ne veut porter, laissant les établissements de santé, comme l’hôpital Notre-Dame de l’Espérance, en première ligne face à ce problème humain et sanitaire.

Face à cette impasse, des solutions juridiques existent mais se heurtent à des limites. Récemment, la clinique universitaire de l’Université officielle de Mbuji-Mayi a dû, sur réquisition du Tribunal de grande instance, procéder à des inhumations forcées. Cette mesure, bien que nécessaire pour désengorger les morgues, reste une réponse a posteriori qui ne traite pas la racine du mal. Elle pose également des questions éthiques sur la dignité accordée aux défunts. Le Kasaï-Oriental et d’autres régions de RDC ont-ils besoin d’un protocole plus clair et plus humain pour la prise en charge des indigents et des corps non réclamés ? La question mérite d’être posée urgemment.

Que faire alors pour prévenir ces situations qui transforment les morgues en entrepôts de détresse ? La réponse doit être multidimensionnelle. D’abord, une sensibilisation accrue des communautés sur l’importance de planifier, même modestement, les obsèques. Ensuite, un dialogue renforcé entre les autorités sanitaires, les autorités locales et les organisations sociales pour mettre en place un fonds de solidarité destiné aux inhumations des plus démunis. Enfin, les hôpitaux comme Notre-Dame de l’Espérance pourraient bénéficier d’un soutien logistique pour gérer ces cas exceptionnels, afin que leur mission première – soigner les vivants – ne soit pas entravée par la gestion de dépouilles abandonnées.

La situation à la morgue de l’hôpital Notre-Dame de l’Espérance est un signal d’alarme qui dépasse les murs de l’établissement. Elle nous interroge collectivement sur notre capacité à assurer une fin de vie digne à tous, même aux plus isolés et aux plus pauvres. Le risque sanitaire est immédiat et tangible, mais le risque pour notre humanité commune l’est tout autant. Il est temps que les autorités compétentes, en collaboration avec la société civile, trouvent des solutions pérennes pour éviter que des vies, dans leur ultime chapitre, ne deviennent un fardeau oublié au fond d’une chambre froide, mettant en péril la santé de toute une communauté.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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