Depuis ce mardi 24 février, la vie s’est comme arrêtée à Rubaya. Dans cette cité minière du territoire de Masisi, au Nord-Kivu, plus un bip, plus une notification, plus de connexion. Les réseaux de télécommunications se sont éteints, plongeant des milliers d’habitants dans un isolement angoissant. Pour Jean, un commerçant de 45 ans, cette coupure signifie bien plus qu’une simple perte de signal. « Sans mobile money, je ne peux ni payer mes fournisseurs ni recevoir l’argent de mes clients. Tout est paralysé », confie-t-il, la voix empreinte d’une lassitude profonde. Comment une communauté entière peut-elle fonctionner lorsque son principal moyen d’échange financier disparaît du jour au lendemain ?
La situation est critique. Les opérateurs téléphoniques sont hors service, laissant la population sans accès aux appels, aux messages ou à Internet. Cette coupure télécommunications Rubaya frappe de plein fouet une économie locale déjà fragile. Les services de transfert d’argent par téléphonie mobile, devenus le nerf de la guerre économique dans la région, sont à l’arrêt complet. Les petits commerces tournent au ralenti, les transactions sont gelées, et un sentiment d’impuissance collective s’installe. Dans une zone où l’argent liquide se fait rare, le mobile money Nord-Kivu était une bouée de sauvetage. Aujourd’hui, cette bouée a coulé.
Pour contourner ce black-out, certains habitants se livrent à un véritable parcours du combattant. Capter un faible signal nécessite des efforts démesurés : se rendre à Bihambwe, une localité située à une dizaine de kilomètres, ou escalader les collines environnantes dans l’espoir d’une barre de réseau. « On se sent abandonnés, coupés du reste du pays et de nos familles », déplore Marie, une mère de famille qui tente en vain de joindre ses proches. Cette quête désespérée d’une connexion illustre à quel point les réseaux téléphoniques Masisi sont vitaux pour le lien social et la sécurité quotidienne.
Les raisons de cette interruption restent obscures. Aucune communication préalable, aucune explication officielle n’a été donnée aux habitants, qui dénoncent une coupure soudaine et prolongée. Ce silence des autorités et des opérateurs alimente les rumeurs et l’inquiétude. Cette situation d’isolement communication RDC n’est malheureusement pas une première dans la province. Pour rappel, après près d’un mois d’interruption, les réseaux Airtel et Orange venaient tout juste d’être rétablis dans plusieurs agglomérations des territoires de Rutshuru, Lubero, Walikale et Masisi. La restauration du signal, intervenue dans la nuit du 16 au 17 février, avait apporté un bref répit avant que Rubaya ne soit de nouveau plongée dans le silence.
Le timing de cette nouvelle coupure interroge. Elle intervient en effet après des attaques drone Nord-Kivu menées cette semaine par l’armée congolaise, qui ont coûté la vie à Willy Ngoma, porte-parole militaire de la rébellion de l’AFC/M23, groupe qui contrôle la cité minière. Dans un contexte de tensions sécuritaires récurrentes, la privation de communication isole un peu plus les populations, compliquant l’accès à l’information et la coordination de l’aide humanitaire. Les acteurs locaux s’interrogent : cette coupure est-elle une conséquence collatérale des opérations militaires, ou une mesure délibérée ? Dans les deux cas, ce sont les civils qui en paient le prix fort.
Au-delà de l’urgence quotidienne, cette crise met en lumière une dépendance critique aux technologies de communication. En RDC, où les infrastructures sont souvent défaillantes, le téléphone portable est bien plus qu’un outil : c’est un moyen de subsistance, un lien vital avec la diaspora, une assurance en cas de danger. La paralysie des réseaux à Rubaya rappelle cruellement la fragilité de ces acquis. Quel avenir pour ces communautés si les coupures deviennent la norme plutôt que l’exception ? L’enjeu est de taille : garantir un accès stable et équitable à la communication, surtout dans les zones en conflit, n’est pas un luxe, mais un droit fondamental pour le développement et la paix sociale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
