Le silence matinal du lac Tanganyika a été brutalement déchiré, ce lundi 13 avril, par le cri d’alarme de l’eau qui engloutit tout sur son passage. Près du village de Mutakuya, dans la province du Tanganyika, une pirogue motorisée a chaviré aux premières lueurs de l’aube, vers 5 heures, emportant avec elle au moins sept vies et plongeant toute une communauté dans le deuil. Un drame qui, selon les voix locales, pourrait être bien plus lourd, évoquant une dizaine de victimes. Comment une traversée aussi routinière a-t-elle pu tourner à la catastrophe ? La réponse semble résider dans un mélange fatal de négligence et de témérité face aux éléments.
Partie du village de Kassaman vers 4 heures du matin, l’embarcation, lourdement chargée de marchandises et de passagers, a rapidement été prise à partie par les vents violents qui balaient parfois le grand lac. Une heure après son départ, la lutte était perdue. « Cette pirogue provenait du village Kassaman, où le conducteur s’est hasardé à prendre le large à 4 heures du matin malgré un vent violent. Une heure plus tard, le vent s’est intensifié et l’embarcation s’est renversée », explique sans détour le ministre provincial des Transports, Norris Mulongoy. Le scénario est hélas trop familier sur les voies lacustres congolaises : une embarcation vulnérable, une surcharge manifeste, et une météo défiée. Le résultat est souvent ce bilan macabre, ponctué par des rescapés en état de choc et des biens personnels disparus à jamais dans les profondeurs.
Derrière ce naufrage de la pirogue sur le Tanganyika, se dessine une problématique bien plus large que la simple malchance. Cet accident du lac Tanganyika met en lumière le défi permanent de la sécurité lacustre en RDC. Le ministre Mulongoy ne s’y trompe pas et dénonce avec fermeté des pratiques qui transforment le lac en champ de dangers potentiels. « Le ministère provincial des Transports rappelle la nécessité du strict respect des mesures de sécurité sur les voies lacustres, notamment le port obligatoire des gilets de sauvetage », a-t-il insisté. Mais au-delà des consignes, c’est tout un système informel et précaire qui est pointé du doigt : la circulation d’embarcations non identifiées et la présence de conducteurs non agréés, particulièrement dans les localités riveraines éloignées. Combien de morts par pirogue motorisée faudra-t-il encore déplorer avant que des contrôles stricts ne soient appliqués ?
Les opérations de recherche se poursuivent, dans l’espoir ténu de retrouver d’éventuels disparus et d’établir un bilan définitif de cette tragédie. Chaque heure qui passe attise l’angoisse des familles restées sur la rive, le regard fixé sur l’horizon liquide. Ce drame interroge profondément sur la mobilité et la sécurité des populations vivant au gré des grands lacs. Le lac Tanganyika, voie de vie et de commerce essentielle pour des milliers de Congolais, peut-il continuer à être un espace de non-droit où la survie dépend du bon vouloir des éléments et de l’audace parfois inconsidérée des bateliers ?
L’enjeu est de taille. Il ne s’agit pas seulement de pleurer les victimes de ce nouveau drame, mais de bâtir une véritable culture de la sécurité lacustre en RDC. Cela passe par la régularisation des embarcations, la formation et l’agrément des conducteurs, et surtout, par une prise de conscience collective. Les vents violents du lac Tanganyika sont une réalité géographique, pas une fatalité. La vraie tempête à affronter est celle de l’indifférence et de la complaisance face aux risques. Tant que le prix d’une traversée restera, pour certains, une vie potentiellement sacrifiée, le lac continuera de compter ses morts. La province du Tanganyika, et au-delà toute la région, se doit d’écrire un nouveau chapitre, où la dignité et la sécurité des passagers primeront sur la précipitation et le profit immédiat.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
