Chaque matin, Jean, un enseignant vivant à Kimbanseke, doit se lever à 4 heures pour espérer arriver à son école de Gombe avant 8 heures. « Avant, je prenais un taxi-bus, mais depuis quelques mois, c’est la loterie », raconte-t-il, essoufflé après une longue marche sous le soleil. « Les véhicules se font rares, et quand il y en a, ils sont bondés et plus chers. Je dois souvent faire une partie du chemin à pied, parfois plusieurs kilomètres. » Son témoignage n’est pas isolé. À Kinshasa, la mobilité urbaine est mise à rude épreuve par des contrôles routiers devenus omniprésents, transformant les déplacements quotidiens en un parcours du combattant.
Sur les grands axes comme le Boulevard Lumumba ou l’Avenue de la Libération, la circulation est étrangement fluide aux heures de pointe, non par miracle, mais parce que de nombreux bus et taxis ont disparu de la chaussée. Cette raréfaction des transports en commun Kin plonge des milliers de Kinois dans l’incertitude et la fatigue. Les arrêts de bus ressemblent à des fourmilières humaines où l’attente peut durer des heures, et la frustration monte d’un cran chaque jour. Comment en est-on arrivé là ?
La réponse se trouve dans la rigueur soudaine des autorités provinciales en matière de sécurité routière Congo. Depuis plusieurs mois, des barrages filtrants sont déployés à travers la capitale, et les agents exigent systématiquement la présentation de documents en règle : permis de conduire, assurance valide, vignette et contrôle technique à jour. L’objectif affiché est noble : assainir un secteur souvent critiqué pour son informalité et réduire le nombre d’accidents. Mais sur le terrain, l’application stricte et continue de ces vérifications a des effets collatéraux immédiats. Les chauffeurs, surtout ceux des véhicules de transport en commun, sont soumis à une pression constante.
« Si tu as un papier qui manque, même de peu, c’est l’amende directe, et parfois la rétention du véhicule », explique Marcel, chauffeur de taxi-bus depuis dix ans. « Les frais pour tout mettre en conformité sont élevés, et avec la baisse du nombre de passagers à cause des perturbations trajets Kinshasa, beaucoup d’entre nous préfèrent rester à la maison. C’est plus sûr économiquement. » Ce retrait progressif des chauffeurs crée un cercle vicieux : moins de véhicules en circulation signifient une offre réduite, ce qui accroît la pression sur ceux qui restent et dégrade encore plus les conditions de déplacement.
Pour les usagers, le quotidien est rythmé par ces aléas. Les trajets, autrefois prévisibles, deviennent des épreuves d’endurance. Les étudiants arrivent en retard aux cours, les employés accumulent les retards au travail, et les femmes avec des enfants en bas âge sont particulièrement vulnérables. « Je dois parfois porter mon bébé sur le dos et marcher plus de trois kilomètres sous la chaleur, car aucun taxi ne s’arrête », confie Marie, vendeuse au marché central. La colère gronde face à cette paralysie progressive de la ville. Les tarifs des transports restants ont flambé, exploitant la détresse des usagers, et l’incertitude plane quant à une amélioration rapide.
Derrière cette crise, se pose une question fondamentale : comment concilier la nécessaire amélioration de la sécurité routière avec l’impératif d’une mobilité urbaine accessible à tous ? Les autorités défendent leur action, soulignant que la régularisation du parc automobile est un passage obligé pour moderniser les transports. Pourtant, l’absence d’accompagnement et de période de transition aggrave les souffrances de la population. Les contrôles routiers Kinshasa, bien qu’utiles en théorie, sont perçus comme une mesure brutale qui pénalise d’abord les plus modestes.
À plus long terme, cette situation risque d’accentuer les inégalités sociales et spatiales dans la capitale. Les quartiers périphériques, déjà mal desservis, sont les plus touchés par la pénurie de transports. Sans une réflexion globale incluant des alternatives comme le renforcement des lignes de bus officielles ou la promotion du covoiturage, Kinshasa pourrait s’enfoncer dans une congestion chronique. L’enjeu est de taille : il s’agit de redéfinir les priorités pour une ville où se déplacer ne soit plus un luxe, mais un droit fondamental.
En attendant, les Kinois continuent de s’adapter, avec une résilience qui force l’admiration. Mais jusqu’à quand pourront-ils supporter ces perturbations trajets quotidiennes ? La balle est désormais dans le camp des décideurs, qui doivent trouver un équilibre entre régulation et pragmatisme, pour que Kinshasa retrouve son rythme de vie sans compromettre la sécurité de tous.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
