Que ressent un journaliste lorsque sa quête de vérité le conduit derrière les barreaux d’un cachot de miliciens ? Cette question hante la communauté médiatique congolaise après la libération, ce 31 janvier 2026, de Samson Fabrice Nyandabaga. Le directeur de la Radio communautaire Flash FM à Kamanyola, dans le Sud-Kivu, a recouvré la liberté au terme de 72 heures de détention arbitraire par le mouvement rebelle AFC-M23. Son crime ? Avoir osé tendre son micro pour donner la parole aux victimes silencieuses du conflit.
L’arrestation est intervenue le 28 janvier, dans un contexte de tension extrême. Alors qu’il réalisait une interview sur les conditions de vie des personnes déplacées de la ville d’Uvira, suite au retrait des rebelles, des éléments de l’AFC-M23 l’ont interpellé. Conduit au bureau des renseignements du mouvement, Samson Fabrice Nyandaba a été soumis à un interrogatoire « serré » par un responsable du groupe armé. Les questions portaient sur ses « liens supposés » avec des médias internationaux et des journalistes congolais diffusant, selon ses geôliers, des informations « hostiles » à leur cause. Cette détention journaliste Sud-Kivu illustre une fois de plus les risques encourus par les professionnels des médias dans l’est de la RDC.
Comment exercer le métier de journaliste lorsque le simple fait de rapporter les souffrances des civils est perçu comme une menace ? L’Observatoire de la liberté de la presse en Afrique (OLPA), qui a révélé l’affaire, a fermement condamné cette incarcération. « Il s’agit manifestement d’une atteinte à la liberté de la presse garantie par la loi congolaise et les instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’homme », a déclaré l’organisation. En condamnant la détention journaliste, l’OLPA souligne un paradoxe cruel : dans des zones en proie à la violence, l’information est plus que jamais vitale, et pourtant, ceux qui la portent sont souvent les premières cibles.
Cette affaire AFC-M23 Kamanyola dépasse le cas individuel. Elle pose la question de l’espace civique et démocratique dans les régions contrôlées par des groupes armés. Les radios communautaires, comme Flash FM, jouent un rôle crucial en informant les populations locales, souvent isolées. En s’en prenant à leur directeur, c’est le droit fondamental de ces communautés à l’information que l’AFC-M23 cherche à museler. La libération journaliste RDC est un soulagement, mais elle ne doit pas faire oublier la pression constante qui pèse sur la presse congolaise.
Cette liberté de la presse Congo est-elle un idéal inaccessible à l’Est du pays ? Les intimidations, arrestations et violences contre les journalistes y sont malheureusement monnaie courante, créant un climat d’autocensure délétère. Si les autorités de Kinshasa affirment leur attachement à la liberté d’informer, leur capacité à protéger les journalistes sur l’ensemble du territoire, notamment dans les zones en conflit, reste un défi immense. L’impunité dont jouissent souvent les auteurs de ces exactions ne fait qu’encourager la répétition de tels actes.
La libération de Samson Fabrice Nyandabaga est une bonne nouvelle, un moment de répit dans un paysage médiatique congolais trop souvent marqué par la violence. Cependant, elle ne doit pas être perçue comme une victoire définitive. Elle rappelle avec acuité la vulnérabilité des gardiens de la démocratie que sont les journalistes. Tant que le travail d’information sera entravé par la menace des armes, la reconstruction d’une paix durable en RDC restera un objectif lointain. La communauté nationale et internationale doit redoubler de vigilance et d’efforts pour que le micro ne soit plus jamais confisqué par la peur.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
