Le constat est sans appel. Alors que la République Démocratique du Congo clôture une année 2025 en demi-teinte sur les droits des femmes, la voix de Chantal Faida, actrice incontournable de la société civile, résonne comme un rappel à l’ordre. « Ce qui manque, c’est la volonté politique », assène-t-elle, résumant le fossé abyssal entre un arsenal juridique impressionnant et une réalité quotidienne où les inégalités de genre perdurent. Son message pour 2026 est clair : il est temps de passer des engagements aux actes, dans un pays où l’insécurité à l’Est et les pesanteurs socioculturelles continuent d’entraver l’épanouissement de la moitié de sa population.
L’année écoulée n’a pourtant pas été dénuée d’espoirs. Chantal Faida reconnaît volontiers un leadership féminin plus visible et dynamique, particulièrement dans les arcanes diplomatiques et les plaidoyers pour la paix et la sécurité. Des femmes leaders se sont mobilisées, portant la voix des Congolaises sur des scènes internationales et obtenant, ici et là, des reconnaissances symboliques de leur rôle crucial dans la résolution des conflits. Mais cette reconnaissance, si elle flatte le discours, peine à se traduire dans la composition concrète des cercles du pouvoir. « Malgré les plaidoyers, les nominations n’ont pas reflété une hausse significative de la représentativité », déplore-t-elle, pointant du doigt l’absence criarde de femmes dans certaines équipes gouvernementales provinciales. Un paradoxe qui interroge : à quoi sert une voix plus audible si elle reste exclue des salles où les décisions se prennent ?
Le cœur du problème réside, selon elle, dans l’application d’une loi sur la parité promulguée il y a déjà plus d’une décennie. « Sans Conseil national de la parité ni comité interministériel effectif, les réponses restent ponctuelles et non durables », analyse Chantal Faida. La parité en RDC souffre ainsi d’un manque criant de mécanismes de suivi et de redevabilité. La participation des femmes RDC ne doit plus être une option décorative ou un cadeau politique, mais une exigence légale et opérationnelle dans tous les secteurs, de l’administration publique au monde économique. Mais comment imposer cette exigence quand les structures censées la garantir brillent par leur absence ou leur inaction ?
Pour 2026, Chantal Faida place la barre haute et identifie une priorité absolue qui transcende tous les autres débats : le retour à une paix durable, notamment dans l’Est du pays. « Il n’y a pas de développement sans paix », rappelle-t-elle, citant le pape Jean-Paul II. Cet impératif est la pierre angulaire de toute politique ambitieuse en faveur des femmes. Comment parler d’autonomisation économique, d’accès à l’éducation ou de participation citoyenne quand des milliers de femmes et de filles fuient les violences, subissent les traumatismes de la guerre et voient leurs moyens de subsistance anéantis ? La stabilisation du pays n’est pas un préalable parmi d’autres ; c’est la condition sine qua non pour que l’égalité de genre RDC cesse d’être un vœu pieux.
Parmi les pistes d’action concrètes qu’elle propose pour l’année à venir, l’organisation d’un symposium national sur l’agenda femmes paix sécurité figure en bonne place. Cet événement aurait pour mission d’évaluer les engagements déjà pris, comme le Plan national d’action 1325, et de préparer une feuille de route actualisée alignée sur les Objectifs de développement durable à l’horizon 2030, avec un focus particulier sur l’ODD 5. Une telle initiative pourrait remettre l’émancipation des femmes congolaises au centre du projet national et obliger les décideurs à rendre des comptes.
Le chemin reste semé d’embûches. Les obstacles ne sont pas seulement politiques ou sécuritaires ; ils sont aussi ancrés dans les mentalités. Repenser les pesanteurs socioculturelles qui cantonnent les femmes à des rôles subalternes est un combat de longue haleine. L’émancipation passe aussi par la levée des barrières économiques qui maintiennent les femmes dans la dépendance. La route vers la parité réelle est donc à la fois légale, sécuritaire, économique et culturelle.
En cette veille de 2026, le message de Chantal Faida est un coup de projecteur sur l’urgence d’agir. Les femmes congolaises, fortes et résilientes, ne demandent pas de faveurs, mais l’application stricte de droits qui leur sont dus. Elles attendent que la cohérence entre les discours et les actions devienne enfin la règle. L’année à venir sera-t-elle celle du sursaut, où la volonté politique se manifestera par des actes concrets et mesurables ? La balle est désormais dans le camp des décideurs. L’avenir de la RDC, son développement et sa stabilité en dépendent largement. Car une nation ne peut prospérer en laissant la moitié de son potentiel dans l’ombre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
