Le président de la refondation de Madagascar, Michael Randrianirina, a effectué une visite de travail en Afrique du Sud ce vendredi 16 janvier, rencontrant son homologue Cyril Ramaphosa à Pretoria. Cette rencontre intervient dans un contexte politique tendu à Madagascar, suite à la prise de pouvoir du colonel Randrianirina en octobre dernier, après un mouvement de contestation massif de la jeunesse malgache qui a conduit à la fuite de l’ancien président Andry Rajoelina. Décrite par la présidence sud-africaine comme une « réunion d’information », cette entrevue avait pour objectif de faire le point sur les développements récents et les mesures envisagées pour une transition pacifique dans la Grande Île.
Comment comprendre cette visite à Pretoria, qui suit un déplacement similaire aux Émirats arabes unis ? Elle s’inscrit dans une dynamique régionale cruciale, où les pays voisins et les organisations sous-régionales surveillent de près l’évolution de la situation malgache. La prise de pouvoir par Michael Randrianirina, bien qu’issue d’une mobilisation populaire, n’a pas été sans susciter des interrogations quant à sa légitimité et aux processus démocratiques en jeu. L’Afrique du Sud, puissance économique et politique majeure en Afrique australe, joue un rôle clé dans la stabilisation de la région, notamment à travers son influence au sein de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).
Lors de cette visite de travail, Michael Randrianirina a pu exposer à Cyril Ramaphosa les « mesures prises en vue d’un processus de transition pacifique », selon les termes du communiqué de Pretoria. Parmi ces mesures figure la tenue prochaine d’un « dialogue national », une recommandation formulée lors du sommet extraordinaire de la SADC réuni le mois dernier. Ce dialogue, essentiel pour ouvrir la voie à de nouvelles élections, constitue un élément central de la feuille de route proposée par la SADC pour résoudre la crise. Cyril Ramaphosa, qui présidait ce sommet, avait alors insisté sur la nécessité d’une transition inclusive et respectueuse des normes démocratiques.
Pretoria a toutefois exprimé son inquiétude face aux récents développements politiques à Madagascar, appelant au « respect des processus démocratiques ». Cette position reflète les préoccupations plus larges de la communauté internationale, soucieuse de voir une résolution durable et légale de la crise. La rencontre entre les deux présidents, qui s’est tenue dans la résidence officielle de Cyril Ramaphosa, marque ainsi un moment diplomatique important, où l’Afrique du Sud tente d’équilibrer soutien à la stabilité régionale et promotion des valeurs démocratiques. Mais cette transition politique à Madagascar peut-elle véritablement s’opérer sans heurts, alors que les divisions internes persistent ?
Au-delà des aspects politiques immédiats, cette visite de travail souligne les liens économiques et stratégiques entre Madagascar et l’Afrique du Sud. Les deux pays sont liés par des accords bilatéraux dans des domaines tels que le transport aérien ou la marine marchande, faisant de l’Afrique du Sud un partenaire commercial de premier plan. La stabilité de Madagascar est donc un enjeu économique direct pour Pretoria, d’autant que les troubles politiques pourraient affecter les échanges et les investissements dans la région. La démarche de Michael Randrianirina, cherchant à obtenir le soutien ou du moins la compréhension de son voisin sud-africain, s’inscrit dans cette logique de réalpolitique.
La réaction de la SADC et de l’Afrique du Sud à la transition politique à Madagascar est révélatrice des défis auxquels font face les organisations régionales africaines lorsqu’elles doivent gérer des changements de régime non conventionnels. Alors que la SADC a historiquement prôné le respect des constitutions et des élections, le cas malgache teste sa capacité à adapter ses principes à des contextes de mouvements populaires. Le dialogue national recommandé apparaît comme un compromis, visant à créer un cadre légitime pour une transition sans exclure les acteurs en place. Cependant, sa mise en œuvre effective dépendra de la volonté de toutes les parties prenantes malgaches à s’engager dans un processus transparent.
Quelles sont les implications futures de cette visite en Afrique du Sud pour Michael Randrianirina et pour Madagascar ? D’une part, elle lui confère une certaine reconnaissance diplomatique, essentielle pour consolider sa position sur la scène internationale. D’autre part, elle place la transition malgache sous le regard vigilant de la SADC, qui pourrait conditionner son soutien au respect d’un calendrier précis et inclusif. Les prochains mois seront décisifs pour voir si le dialogue national à Madagascar peut aboutir à une réconciliation nationale et à des élections crédibles, ou si les tensions reprendront le dessus.
En conclusion, la rencontre entre Michael Randrianirina et Cyril Ramaphosa symbolise les interconnections politiques et économiques au sein de l’Afrique australe. Alors que Madagascar tente de naviguer dans une période de transition délicate, le rôle de médiateur et de garant joué par l’Afrique du Sud et la SADC sera crucial. La communauté internationale, et notamment les pays africains, suivront de près l’évolution de ce dialogue national à Madagascar, espérant qu’il puisse jeter les bases d’une paix durable et d’une démocratie renforcée. L’avenir de la Grande Île se joue ainsi non seulement dans ses rues, mais aussi dans les capitales régionales comme Pretoria.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
