Dans les terres riches en minerais de la région de Lubumbashi, un conflit latent opposant les communautés locales de Kamatete, Kasapa, Kashimbala et Kawama à l’entreprise minière CDM vient enfin de trouver une issue. Pendant des mois, ces populations ont réclamé avec insistance le droit fondamental d’accéder à des informations claires sur la gestion de la redevance minière, du cahier des charges et surtout de la fameuse dotation de 0,3% du chiffre d’affaires de Congo Dongfang International Mining SAS (CDM).
« Ces communautés suspectaient l’organisme de gestion de la dotation de 0,3% (DOT-CDM) de malversation financière », explique Hubert Tshiswaka Masoka, coordonnateur de l’Institut de recherche en droits humains (IRDH), qui a joué les médiateurs. Leur inquiétude portait sur la période 2018-2024 : comment les fonds avaient-ils été utilisés ? Quels projets avaient réellement vu le jour ? Sans réponse, impossible d’envisager sereinement les projets de 2025.
Face à ces accusations, CDM et le DOT-CDM estimaient de leur côté que les communautés « manquaient de compréhension des enjeux » et avançaient des « accusations injustifiées ». Un dialogue de sourds, typique de ces tensions qui minent le secteur extractif congolais, où l’opacité nourrit la défiance et où la défiance alimente les conflits.
L’analyse menée par l’IRDH a mis en lumière des failles structurelles préoccupantes. D’un côté, les Entités territoriales décentralisées (ETD) manquent cruellement de structures de gestion et de contrôle adaptées. De l’autre, CDM, comme beaucoup d’entreprises minières, ne dispose pas d’expertise dédiée aux droits humains, à l’environnement ou au développement durable. Les communautés, elles, ignorent bien souvent les règles, principes et procédures en vigueur. Résultat : un terreau fertile pour les incompréhensions, les frustrations, et in fine, les blocages.
Mais alors, comment transformer ces mécanismes financiers – perçus comme sources de tension – en leviers de développement local ? La médiation de l’IRDH a permis de dégager une piste prometteuse : la création d’un Observatoire de la redevance minière, de la dotation de 0,3% et des fonds des cahiers des charges. Une initiative salutaire, proposée par Hubert Tshiswaka Masoka lui-même.
« Cette plateforme aura pour but de permettre la transformation des mécanismes financiers en outils de gouvernance locale participative, renforçant les capacités de toutes les parties prenantes, à savoir ETD et communautés locales », précise-t-il. L’objectif est noble : faire de ces financements non plus un sujet de discorde, mais un instrument au service du dialogue et du développement partagé.
La résolution de ce différend ouvre ainsi une brèche d’espoir dans un paysage minier congolais souvent marqué par la défiance et les contentieux. Elle rappelle l’urgence de renforcer la transparence, la redevabilité et les capacités locales pour éviter que l’exploitation des ressources naturelles ne se fasse au détriment des droits des populations. Et si cet observatoire devenait un modèle pour d’autres zones minières en RDC ?
La leçon est claire : sans cadre solide, sans dialogue structuré et sans volonté réelle d’inclure les communautés, les conflits miniers risquent de se multiplier. Ici, à Lubumbashi, on a choisi la médiation et l’innovation institutionnelle. Et si c’était le début d’une nouvelle ère pour la gouvernance des ressources naturelles en République Démocratique du Congo ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
