Dans le village de Bukenke, à Luhihi, une tragédie familiale a viré au drame collectif ce 3 mai 2025. Sous le soleil implacable du Sud-Kivu, un homme de plus de 25 ans a été lynché par une foule en colère après avoir assassiné ses deux enfants, âgés de 7 et 9 ans. « Il avait déjà tué sa mère le mois dernier… Cette fois, quand sa femme a fui leur dispute, il s’en est pris aux petits », raconte un voisin, la voix tremblante de rage contenue.
Les faits se sont déroulés comme un scénario de cauchemar. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, le couple traversait une crise conjugale explosive. Après la fuite de l’épouse, le père aurait retourné sa fureur contre ses propres enfants. « Quand on a entendu les cris, il était trop tard. Les petits gisaient déjà sans vie devant leur case », décrit un habitant sous le choc.
Didier Ciza Bayonga, président de la société civile locale, dresse un constat accablant : « Cet homme incarnait une violence cyclique. Son premier crime ? Le meurtre de sa mère biologique il y a à peine un mois. » Une révélation qui soulève des questions brûlantes : comment de tels passages à l’acte peuvent-ils se répéter sans intervention des autorités ?
La colère populaire, miroir d’un système défaillant ?
Face à l’horreur, la réaction des villageois interroge autant qu’elle scandalise. Le lynchage du meurtrier, s’il traduit une indignation légitime, expose les failles d’une justice absente. « La population n’a plus confiance. Quand l’État abandonne sa fonction protectrice, les gens prennent la loi en main », analyse un enseignant de la région.
Ce drame souligne une réalité accablante dans cette partie du Sud-Kivu : l’enchevêtrement des violences domestiques et communautaires. Les chiffres des organisations locales sont éloquents – 62% des féminicides provinciaux surviennent dans un contexte de disputes conjugales. « Nos femmes et enfants meurent en silence », déplore une militante des droits humains.
Un appel à briser le cycle infernal
La société civile lance un cri d’alarme. « Assez de ces règlements de comptes familiaux qui dégénèrent en tueries ! », clame Didier Ciza Bayonga. Son plaidoyer vise à la fois les hommes – « Apprenez à gérer vos conflits sans armes » – et les institutions : « L’État doit protéger les victimes potentielles avant le drame ».
Derrière l’émotion collective, se cachent des enjeux structurels colossaux. L’absence de centres de médiation familiale, le manque criant de forces de l’ordre formées à la gestion des violences intrafamiliales, la précarité économique qui exacerbe les tensions… Autant de bombes à retardement dans une région déjà minée par les conflits armés.
Ce double meurtre suivi de lynchage ressemble à un avertissement. Jusqu’où une communauté peut-elle s’enfoncer dans l’autodestruction quand les mécanismes de prévention et de justice font défaut ? La réponse des autorités provinciales se fait attendre, tandis que les femmes de Bukenke murmurent une prière inquiète : « Que nos maris n’oublient pas qu’un foyer n’est pas un champ de bataille ».
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
