Dans une maison modeste du quartier Bipemba, Marie-Jeanne pousse un soupir de soulagement. Son petit congélateur ronronne à nouveau, après une semaine de silence forcé. « Mes poissons étaient perdus, mon commerce à l’arrêt. Je revivais », confie-t-elle, le visage éclairé par la lumière du salon. Depuis le mercredi 6 mai 2026, l’électricité est progressivement revenue à Mbuji-Mayi, chef-lieu du Kasaï-Oriental, mettant fin à une pénurie paralysante pour des milliers de ménages.
La ville, habituée aux aléas de la desserte électrique, a pourtant vécu une crise d’une intensité rare. Tout a commencé le 29 avril, quand deux pylônes de la ligne haute tension, rongés par une érosion vorace, se sont effondrés dans un ravin non loin de Miabi. En un instant, la liaison entre la centrale hydroélectrique de Tubi Tubidi et les cités de Mbuji-Mayi, Miabi, Kabeya Kamuanga et Katende s’est rompue. Résultat : une panne d’électricité massive, privant foyers, hôpitaux, écoles et petits commerces de leur énergie vitale.
Comment survivre sans courant dans une agglomération qui dépend tant de l’informel ? Les vendeuses de poissons fumés, les salons de coiffure, les menuisiers : tous ont vu leur chiffre d’affaires fondre. « On ne pouvait plus charger nos téléphones, ni pomper l’eau. C’était le retour à l’âge des ténèbres », tempête un habitant de la commune de la Kanshi. La précarité énergétique a étalé au grand jour la fragilité des infrastructures vieillissantes, menacées par des têtes de ravins qui ne cessent de grignoter le sol.
Face à l’urgence, la Société nationale d’électricité (SNEL) a déployé ses équipes. Jean Crispin Mukendi, directeur provincial de la SNEL à Mbuji-Mayi, raconte une course contre la montre : « Il fallait d’abord extraire les poteaux engloutis, puis créer une déviation de 30 kilovolts pour contourner la zone d’érosion. » Six jours de travail intense ont suffi pour construire une ligne alternative et rétablir le courant. « Nous avons repris l’exploitation normalement », se félicite-t-il, tout en reconnaissant que d’autres pylônes restent sous la menace.
L’érosion, ce cancer silencieux du Kasaï-Oriental, n’épargne pas les infrastructures électriques. Plusieurs poteaux électriques à Mbuji-Mayi, menacés par l’érosion, sont aujourd’hui au bord du gouffre. C’est pourquoi la SNEL a confié à l’entreprise SAFRIMEX des travaux de lutte antiérosive. L’objectif : remblayer les abysses et stabiliser les sols autour des installations critiques. « Nous espérons qu’avec ces interventions, les érosions qui menacent les poteaux seront contenues », explique Jean Crispin Mukendi. Mais les habitants restent sceptiques. « Chaque saison des pluies, on nous promet des remblais, et chaque fois, de nouveaux trous apparaissent », se désole un notable du quartier Dipumba.
Cette panne d’électricité à Mbuji-Mayi n’est qu’un symptôme. Elle interroge la résilience d’une ville minière où l’extraction du diamant a laissé des balafres profondes, favorisant l’érosion. Alors que le rétablissement de l’électricité au Kasaï-Oriental est une bouffée d’oxygène, ne faut-il pas s’attaquer aux causes racines ? Les poteaux électriques qui dansent au bord des ravins le rappellent cruellement : sans un plan global de lutte antiérosive, la lumière à Mbuji-Mayi risque de s’éteindre à nouveau, au gré des pluies torrentielles.
La reprise du service électrique redonne un semblant de normalité, mais elle souligne l’inextricable lien entre environnement et développement. Les autorités provinciales et la SNEL sont attendues au tournant. Car au-delà de la prouesse technique de la déviation, c’est la vie quotidienne de tout un bassin de population qui dépend de poteaux électriques mieux protégés. Et si ce n’est pas maintenant, quand ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
