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Programme carbone Mai-Ndombe : la société civile environnementale s’oppose à toute révision de l’accord ERPA

La forêt du Mai-Ndombe, ce poumon vert vital pour l’équilibre climatique de la République démocratique du Congo, est aujourd’hui au cœur d’une tension brûlante. Des voix s’élèvent, alarmées, pour défendre un pacte crucial pour sa survie. Les organisations de la société civile environnementale, regroupées au sein du Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR), ont lancé un cri d’alarme ce samedi à Kinshasa : elles s’opposent fermement à toute suspension ou révision unilatérale du programme carbone Mai-Ndombe. Ce programme, cadre de l’accord ERPA Banque mondiale, est pourtant un pilier de la stratégie climatique nationale.

Agissant au nom des communautés locales et des peuples autochtones de la province, ces gardiens de la forêt expriment une profonde inquiétude. Leur cible ? Les initiatives qui chercheraient à revoir, en cours de route, le contrat liant la RDC à la Banque mondiale, notamment le prix des crédits carbone déjà fixé. Ce programme carbone Mai-Ndombe s’inscrit dans le mécanisme international REDD+ RDC, conçu pour récompenser la préservation des forêts. Son objectif est noble : promouvoir un développement vert à l’échelle provinciale, offrir des alternatives à la déforestation et générer des revenus directs pour les populations riveraines. Mais ce modèle vertueux est-il sur le point de se fissurer ?

La société civile environnementale rappelle avec force que ce programme n’est pas tombé du ciel. Il est le fruit d’un long processus de consultations, impliquant institutions nationales, autorités provinciales, partenaires techniques et, surtout, les communautés locales. Des réunions villageoises, des enquêtes participatives et des ateliers ont permis de construire, pierre par pierre, un plan de partage des bénéfices. Ce mécanisme est censé garantir que les revenus des crédits carbone communautés locales profitent réellement à celles et ceux qui protègent la forêt au quotidien. Les principes d’équité, de transparence et de participation ont été longuement discutés. Remettre en cause l’accord aujourd’hui, n’est-ce pas trahir cette parole donnée ?

Les risques d’une telle révision unilatérale sont lourds de conséquences. L’accord ERPA Banque mondiale est un engagement international juridiquement contraignant. Modifier unilatéralement le prix du carbone après signature, c’est exposer le pays à un véritable chaos. Suspension des paiements, pénalités contractuelles, perte de crédibilité sur la scène des négociations climatiques internationales… La RDC pourrait voir ses ambitions vertes réduites en cendres. La confiance des partenaires, essentielle pour financer la transition écologique, s’évaporerait comme de la fumée.

Et au-delà des risques diplomatiques et financiers, ce sont les premiers gardiens de la forêt qui paieraient le prix fort. « Une telle décision pourrait également affecter directement les communautés forestières du Mai-Ndombe, premières bénéficiaires du mécanisme et principales gardiennes des écosystèmes forestiers », martèle la société civile. Ces populations, déjà vulnérables, voient dans les crédits carbone communautés locales une lueur d’espoir pour un avenir plus juste. Priver ces communautés de revenus prévus par contrat, n’est-ce pas les pousser un peu plus vers la précarité et, paradoxalement, vers des activités destructrices de la forêt qu’elles chérissent ?

Face à ce scénario catastrophe, la société civile environnementale ne se contente pas de dénoncer. Elle propose une voie alternative, pragmatique et responsable. Plutôt que de déchirer un contrat, il faut activer les mécanismes pour valoriser les crédits carbone excédentaires déjà générés par le programme carbone Mai-Ndombe. Elle appelle à des démarches techniques et diplomatiques pour éviter que ces actifs environnementaux ne deviennent caducs, une perte sèche pour le pays. Optimiser les revenus grâce à des instruments de marché complémentaires et renforcer la transparence sur les volumes commercialisables sont des pistes concrètes.

Enfin, les organisations plaident pour un contrôle renforcé : une mission parlementaire d’évaluation, un audit indépendant du plan de partage des bénéfices, et l’amélioration des futurs accords pour que la REDD+ RDC tire les leçons du passé. La priorité absolue doit rester la stabilité juridique des engagements climatiques du pays. La protection effective des droits et intérêts des communautés locales et autochtones du Mai-Ndombe n’est pas négociable. L’heure n’est pas aux revirements précipités, mais à la consolidation d’un modèle où la préservation de la forêt rime enfin avec justice sociale et développement durable. L’alerte est donnée ; reste à savoir si elle sera entendue.

Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd

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Miché Mikito
Miché Mikito
Né au bord du majestueux fleuve Congo, à Kisangani, Miché Mikito vous propose une couverture sportive dynamique et un éclairage unique sur les enjeux environnementaux. Passionné de sport, il suit de près les compétitions locales et internationales tout en restant très attentif à la préservation des richesses naturelles du Congo. Miché est votre guide pour tout ce qui concerne le sport et l’environnement.
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