Dans un élan de résistance poétique, la voix des artistes et des acteurs culturels congolais a su se faire entendre au plus haut niveau de l’État. Alors que l’ombre d’une occupation temporaire planait sur le Centre culturel et artistique des pays d’Afrique centrale (CCAPAC) à Kinshasa, destiné à accueillir la rentrée parlementaire délocalisée en RDC, une vague de protestations a contraint les députés à revoir leurs plans. C’est au Palais du Peuple, siège provisoire depuis des décennies, que la session ordinaire de mars 2026 s’ouvrira finalement. Une décision qui résonne comme une victoire artistes congolais, fruit d’une mobilisation sectorielle sans précédent, teintée de cette fierté qui fleurit lorsque l’art refuse de plier devant l’administration.
La nouvelle a circulé comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, portée par l’indignation d’une communauté culturelle souvent reléguée au second plan. Le projet d’utiliser le CCAPAC Kinshasa – un espace dédié à la création et aux échanges artistiques – pour la rentrée plénière du 15 mars 2026 avait suscité un tollé. Les artistes y ont vu un symbole criant du peu de considération accordée à la culture dans le pays. Leur colère, orchestrée en une campagne numérique virulente, a fini par atteindre les couloirs du pouvoir. Selon les informations confirmées, le Bureau de l’Assemblée nationale a donc opté pour un retour au Palais du Peuple, marquant ainsi un recul significatif face à la pression populaire. Cette rentrée parlementaire délocalisée prend ainsi une tournure historique, où la force de l’expression collective a primé sur la logique administrative, comme un pinceau vibrant qui redessine les contours du possible.
Derrière cette victoire se cache un enjeu plus profond, une question qui brûle les lèvres de tout un secteur : la place de la culture dans les priorités nationales. Le budget culturel RDC, maigre et stagnant depuis des années, reflète une économie de la création en souffrance, un terreau fertile laissé en jachère. Fred Kabeya Lusi, artiste musicien congolais résidant en France, interpelle avec justesse : « Pourquoi les pays comme la France, la Côte d’Ivoire ou l’Afrique du Sud tirent-ils des millions de leur secteur culturel, alors que la RDC peine à y investir ? » Cette question, rhétorique et cinglante, met en lumière le paradoxe d’une nation riche en talents mais pauvre en moyens alloués à leur épanouissement. La mobilisation secteur culturel, souvent fragmentée, a cette fois-ci su trouver un écho unanime, transformant une simple contestation spatiale en un plaidoyer vibrant pour une reconnaissance financière et structurelle. N’est-il pas temps de voir la culture non comme une dépense, mais comme un investissement vers un avenir plus rayonnant ?
Le CCAPAC à Kinshasa n’est pas qu’un bâtiment de béton et de verre ; il incarne un rêve panafricain de dialogue et de création, un carrefour où les imaginaires se croisent et s’enrichissent. Le voir menacé d’être détourné de sa vocation première pour des séances parlementaires était perçu comme une profanation, une négation de son âme. Les artistes ont défendu cet espace comme on défend un sanctuaire, avec une ferveur qui a transcendé les clivages, mêlant la rage du rappeur à la sensibilité du plasticien. Cette bataille, gagnée in extremis, ouvre la voie à une réflexion plus large, plus essentielle : quelle place réelle pour les artistes et les acteurs culturels dans l’agenda politique congolais ? La réponse ne saurait se limiter à la libération d’un lieu. Elle exige une révision substantielle des allocations budgétaires, une intégration de la culture dans les stratégies de développement, et une écoute permanente des voix créatives qui, jour après jour, tissent le récit national.
Cette victoire des artistes congolais, si elle est symbolique, n’en est pas moins significative. Elle démontre, avec la force d’un tableau qui saisit l’instant, que la société civile, à travers ses expressions culturelles, peut infléchir les décisions institutionnelles. La rentrée parlementaire délocalisée en RDC sera donc marquée du sceau de cette mobilisation sectorielle, rappelant aux élus que la culture est un pilier essentiel de l’identité et de l’économie nationale. Reste à voir si cette prise de conscience, née dans le tumulte des réseaux sociaux, se traduira par des actes concrets, notamment par une augmentation tangible du budget culturel en RDC. L’épisode du CCAPAC aura au moins eu le mérite de poser, avec force et poésie, la question de la valorisation du patrimoine immatériel congolais. Un chapitre s’ouvre, où l’art et la politique doivent apprendre à coexister dans le respect de leurs vocations respectives, où le chant des créateurs pourrait enfin trouver l’écho qu’il mérite dans les hémicycles.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
