Le bruit des rafales a déchiré la nuit, brisant trois mois de silence fragile. À Mbaa, Gokpa et Dhendro, dans le territoire de Djugu, la terreur est revenue avec une brutalité qui a laissé les familles en lambeaux. Des hommes armés, identifiés comme des miliciens de la CODECO, ont simultanément attaqué ces trois localités du groupement Dhendro, plongeant une population qui osait à peine respirer le retour à une paix relative dans un deuil profond et une angoisse renouvelée.
Le bilan est lourd et encore tremblant sous le choc : seize vies arrachées, selon les premières informations concordantes. Parmi elles, sept enfants et quatre femmes, chiffres qui résonnent comme un sinistre rappel de la nature aveugle des violences dans l’Ituri. « Ils sont entrés avec des fusils et des machettes. Ils ne disaient rien, ils frappaient et tiraient », rapporte, la voix brisée, un habitant contacté par nos soins, qui a requis l’anonymat par peur de représailles. Le calme qui s’était laborieusement installé après plus de trois mois d’accalmie a volé en éclats en quelques heures seulement.
Comment une communauté peut-elle se reconstruire quand la menace plane ainsi, imprévisible et meurtrière ? Les attaques attribuées à la CODECO dans le territoire de Djugu ne sont pas seulement un épisode de plus dans la longue litanie des conflits à l’est de la République Démocratique du Congo. Elles sapent méthodiquement la confiance et anéantissent l’espoir d’un retour définitif à la vie normale. La coordination de la société civile locale sonne l’alarme, dénonçant une attaque qui « inquiète une population qui vivait jusque-là dans une relative accalmie ».
Le drame soulève des questions brûlantes sur l’efficacité des mécanismes de sécurité et de paix. Le coordonnateur de la société civile lance un appel pressant au gouvernement : prendre des « mesures urgentes pour mettre fin à ces violences et arrêter les présumés auteurs ». Derrière ces mots, une angoisse palpable : celle de voir le processus de paix dans la province réduit à néant par des groupes armés déterminés à semer le chaos.
La réalité du terrain reste nébuleuse, teintée d’une horrible incertitude. Si le bilan officiel fait état de seize civils tués en RDC dans cette attaque, des sources locales évoquent des chiffres bien plus lourds – vingt-cinq, voire une trentaine de morts. Cette divergence témoigne de la difficulté d’accéder aux zones impactées et de l’opacité qui entoure trop souvent le décompte macabre des victimes de ces conflits. L’absence de confirmation officielle sur ces nombres plus élevés ajoute à la détresse des familles qui cherchent leurs proches.
Qu’attend-on pour protéger durablement ces populations ? Les villages de Walendu Pitsi, comme tant d’autres dans la région, sont-ils condamnés à vivre au rythme des accalmies précaires et des retours de flammes sanglants ? L’attaque de ce mercredi 11 mars n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un cycle de violences où des miliciens à l’est du Congo reprennent les armes dès que l’attention se relâche, piétinant la vie des civils avec une froide détermination.
L’enjeu dépasse le seul territoire de Djugu. Il touche à la crédibilité de l’État de droit et à la capacité du pays à tourner la page des conflits armés qui déchirent l’Est depuis des décennies. Chaque attaque, chaque vie perdue, chaque enfant privé d’avenir creuse un peu plus le fossé entre les promesses de stabilité et la réalité vécue par des millions de Congolais. La réponse ne peut plus se limiter aux déplorations. Elle exige une action coordonnée, ferme et visible pour que la paix cesse d’être une trêve entre deux tempêtes et devienne enfin l’horizon indépassable de l’Ituri.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
