Le climat est tendu dans l’enseignement supérieur au Kongo-Central. Par un arrêté en date du 9 mars 2026, la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations (ESURSI), Marie-Thérèse Sombo, a décidé de suspendre temporairement toutes les activités académiques et para-académiques à l’Institut supérieur des techniques médicales de Kisantu (ISTM/Kisantu). Une mesure radicale qui intervient après plusieurs semaines de troubles ayant paralysé l’établissement, ponctuées de manifestations estudiantines parfois violentes. Comment une institution de formation sanitaire a-t-elle pu se retrouver au point de rupture ?
Selon le communiqué du ministère, cette suspension des activités académiques fait suite à des « incidents ayant perturbé le déroulement normal » de la vie de l’institut. Derrière cette formulation administrative se cache une réalité plus brutale : le campus a été le théâtre d’affrontements et de dégradations. Les étudiants, exaspérés, protestaient notamment contre une hausse jugée abusive des frais académiques et l’application d’un taux de change pour leur paiement qu’ils estiment non conforme aux cours du marché. « Nous ne pouvons plus payer des montants calculés sur un dollar à 2500 francs congolais alors qu’il est à 3500 sur le marché », explique un étudiant, sous couvert d’anonymat, dont la colère reflète un malaise bien plus profond.
Ces manifestations estudiantines au Kongo-Central ne sont malheureusement pas un cas isolé. Elles s’inscrivent dans un contexte de tensions récurrentes au sein des universités de la RDC, où la question du financement des études et des conditions de vie des étudiants reste une poudrière. À l’ISTM Kisantu, la crise a dépassé le simple cadre revendicatif. Des blessés ont été enregistrés et des dégâts matériels infligés aux infrastructures, signe d’une radicalisation du mouvement qui réclame désormais carrément le départ des autorités académiques en place. La situation était devenue ingérable, poussant le gouvernement à intervenir par la force de la loi.
La réponse de Kinshasa ne s’est pas limitée à un simple coup d’arrêt. L’arrêté ministériel prévoit également l’envoi d’une mission sur place. Son mandat est double : identifier les causes profondes de ces troubles et évaluer la situation globale de l’institut. L’objectif affiché est de « proposer des mesures pour rétablir le fonctionnement normal » de l’ISTM. Une démarche qui semble reconnaître que les problèmes dépassent la simple gestion de l’ordre public et touchent à la gouvernance même de l’établissement. Cette mission aura-t-elle les moyens et la latitude nécessaires pour apaiser les esprits et proposer des solutions durables ?
Pour les observateurs du secteur, la crise à Kisantu pose des questions fondamentales sur l’enseignement supérieur en RDC. La précarité financière des étudiants, souvent issue de familles déjà vulnérables, se heurte à la nécessité pour les instituts de trouver des ressources pour fonctionner. Le modèle de financement est-il viable ? La communication entre les administrations universitaires et les corps estudiantins est-elle suffisante ? « On se sent ignorés, méprisés. Nos doléances tombent dans un puits sans fond », regrette une autre étudiante en soins infirmiers. Ce sentiment d’abandon alimente la frustration et, in fine, la violence.
La suspension des cours, si elle permet de faire redescendre la pression immédiate, n’est qu’un pansement sur une plaie béante. Elle laisse en suspens le destin de centaines d’étudiants dont la formation est interrompue et remet en lumière les défis structurels auxquels fait face le système éducatif congolais. La mission dépêchée par le ministère de l’ESURSI portera une lourde responsabilité : celle de diagnostiquer les maux et de prescrire un traitement qui ne soit pas seulement symptomatique. L’avenir de l’ISTM/Kisantu, et peut-être d’autres institutions confrontées à des difficultés similaires, en dépend.
En attendant, le campus de Kisantu reste anormalement silencieux. Les salles de classe vides et les couloirs déserts sont le symbole tangible d’une crise qui dépasse les murs de l’institut. La balle est désormais dans le camp des autorités. Réussiront-elles à transformer cette pause forcée en une opportunité de dialogue et de réforme profonde ? La réponse à cette question déterminera non seulement la reprise des activités à l’ISTM, mais enverra aussi un signal fort à tout le secteur de l’enseignement supérieur en République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: mediacongo.net
