Après deux longs mois de grève sèche, les salles de classe de la province éducationnelle Maï-Ndombe 3 vont enfin retrouver leur animation. La décision, prise dimanche en assemblée générale à Kutu, de suspendre le mouvement social et de reprendre immédiatement les cours, soulève un immense soulagement mais aussi des questions pressantes. Comment une année scolaire peut-elle être paralysée pendant des mois à cause d’arriérés de salaires, et cette reprise signifie-t-elle que les problèmes de fond sont résolus ?
La grève enseignants Maï-Ndombe trouvait son origine dans un contentieux financier persistant. Cinq mois d’arriérés de salaires pesaient sur les épaules des professeurs, rendant impossible la poursuite normale des activités pédagogiques. L’annonce du paiement du mois d’octobre 2025, sur ces cinq mois dus, a constitué la première avancée tangible qui a permis de débloquer la situation. Pour autant, est-ce suffisant pour restaurer une confiance durable ? Les enseignants, après des semaines de lutte, ont obtenu cette concession, mais le chemin vers une stabilité complète semble encore long.
L’intersyndicale des enseignants a également obtenu des assurances de la part des banques chargées de la paie dans cette région. L’absence d’agences bancaires dans certaines parties du Maï-Ndombe est un défi logistique récurrent qui complique la vie des fonctionnaires. Pour y remédier, des équipes de paie sont régulièrement dépêchées, une solution palliative qui montre les limites de l’infrastructure financière locale. La reprise scolaire RDC, dans ce contexte, repose sur des promesses et des mécanismes fragiles. Combien de temps faudra-t-il avant que de nouveaux retards ne viennent entraver le système ?
« Nous voulons sauver l’année scolaire », ont déclaré les enseignants par la voix de leur président, Juscar Mbukela. Une année effectivement paralysée depuis les vacances de Noël, mettant en péril l’avenir de milliers d’élèves. La volonté de rattraper le temps perdu est louable, mais elle se heurte à une réalité économique difficile. Les parents d’élèves, qui espéraient voir la gratuité éducation RDC respectée, restent sur leur faim face à des perturbations aussi longues. Comment assurer la qualité de l’enseignement quand les bases mêmes de la scolarisation sont ainsi ébranlées ?
Dans sa déclaration lue ce lundi, l’intersyndicale a réaffirmé son engagement à soutenir toute initiative visant à protéger la gratuité et la qualité de l’enseignement. Un rappel nécessaire dans un pays où cette réforme est un axe majeur de la politique publique. Mais comment concrétiser cet engagement lorsque les enseignants doivent se battre pour percevoir leur dû ? La qualité de l’enseignement passe aussi par la stabilité et la reconnaissance de ceux qui le dispensent. Les arriérés salaires enseignants ne sont pas qu’une question comptable ; ils touchent au cœur de la motivation et de l’efficacité pédagogique.
Avec la reprise des cours, les élèves reprennent le chemin de l’école avec l’espoir que cette interruption ne se reproduise pas. Cependant, les défis structurels demeurent. L’absence de banques, les retards de paiement, la logistique complexe : autant de problèmes qui nécessitent une approche coordonnée entre le gouvernement provincial, les syndicats et les institutions financières. La gratuité de l’éducation ne peut être une réalité que si les acteurs sur le terrain sont correctement rémunérés et soutenus. Sinon, le cycle des grèves et des paralysies risque de se répéter, hypothéquant l’avenir des générations futures.
À l’heure où les cloches des écoles retentissent à nouveau, il est crucial de tirer les leçons de ces deux mois de crise. La mobilisation des enseignants a mis en lumière des dysfonctionnements profonds. La reprise doit s’accompagner d’un dialogue renforcé et d’actions concrètes pour prévenir de nouveaux conflits. L’enjeu est de taille : garantir une éducation stable et de qualité pour tous, dans le Maï-Ndombe et à travers la RDC. La suspension de la grève est un premier pas, mais la route vers une résolution durable est encore à parcourir.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
