Imaginez un instant : vous êtes une femme au Maniema, vous rentrez chez vous après une longue journée de travail. Soudain, des hommes armés surgissent. Ils vous volent votre argent, vos bijoux, mais ce n’est pas tout. Le cauchemar ne fait que commencer. « On finit toujours par violer les femmes », déplore Élisabeth Pua, cheffe de la Division Genre, Famille et Enfants de la province. Ce récit glaçant n’est malheureusement pas un cas isolé, mais le quotidien de milliers de femmes et de filles dans cette région de la République Démocratique du Congo.
Les chiffres, livrés par les services provinciaux, sont accablants. Pour la seule année 2025, ce sont 40 103 cas de violences sexuelles et basées sur le genre qui ont été documentés dans le Maniema. Parmi ces victimes, 2 953 sont des filles de moins de 18 ans. Ces statistiques violences 2025 dessinent une carte de la souffrance inacceptable, où le corps des femmes et des enfants est devenu un champ de bataille. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment une société peut-elle tolérer que ses mères, ses sœurs, ses filles soient systématiquement agressées, que ce soit par des bandes criminelles en ville ou par des groupes armés dans les zones reculées ?
Élisabeth Pua ne mâche pas ses mots pour alerter l’opinion. Elle pointe du doigt la persistance des groupes armés dans certaines zones de la province, qui « continuent de traquer les femmes ». Cette chasse à l’être humain, motivée par la soif de domination et l’impunité, plonge des communautés entières dans la terreur. La responsable déplore amèrement la situation de la femme du Maniema, qui, selon elle, a perdu sa dignité. « Celle qui donne la vie, qui éduque et qui porte les responsabilités familiales se retrouve réduite à un objet de violence », semble-t-elle dire. Quel avenir pour une province où le pilier de la famille et de la société est ainsi bafoué, humilié, détruit ?
Le phénomène ne se limite pas aux conflits armés. Il s’est banalisé jusqu’au cœur des centres urbains. À Kindu, la capitale provinciale, des braquages routiniers se transforment presque systématiquement en scènes de viol. Les agresseurs ne se contentent pas des biens matériels ; ils s’approprient le corps de leurs victimes, marquant d’une blessure indélébile leur parcours de vie. Cette escalade de la violence interroge l’efficacité des mécanismes de sécurité et de justice. Où sont les autorités compétentes ? Que font-elles pour mettre fin à ce fléau qui ronge le tissu social ?
Face à cette crise, la cheffe de division plaide pour une implication plus ferme des pouvoirs publics. Un appel qui résonne comme un cri d’alarme lancé aux décideurs politiques et judiciaires. L’éradication de ces violences nécessite une réponse multidimensionnelle : renforcement de la sécurité, accès à la justice pour les victimes, soins psychologiques et médicaux, mais aussi un changement profond des mentalités. Les violences basées sur le genre ne sont pas une fatalité ; elles sont le produit d’un système qu’il faut démanteler.
Sur le plan national, une lueur d’espoir avait pointé en octobre 2024. Le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, avait initié une proposition de loi visant spécifiquement à renforcer la protection des femmes RDC. Ce texte ambitieux mettait l’accent sur la lutte contre le harcèlement sexuel, les discriminations professionnelles et toutes les formes de violences quotidiennes. Une initiative saluée, mais qui demande à être concrétisée et étendue à l’ensemble du territoire, notamment dans des provinces en souffrance comme le Maniema. Les lois existent souvent, mais leur application reste le maillon faible.
Au-delà des textes, c’est toute une société qui doit se mobiliser. Les organisations de la société civile, les leaders religieux, les enseignants, les hommes et les femmes épris de justice ont un rôle à jouer pour briser le silence et soutenir les victimes. La dignité des femmes du Maniema, et de toutes les Congolaises, n’est pas négociable. Elle est le fondement même d’une nation en paix et prospère. La lutte contre les violences sexuelles est un combat pour l’humanité tout entière. Chaque chiffre annoncé est une vie brisée, un rêve anéanti, un potentiel perdu pour le Congo. Il est temps d’agir, avec détermination et sans relâche, pour que le Maniema, et le pays tout entier, redeviennent un havre de sécurité et de respect pour toutes ses filles et toutes ses femmes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
