Le clapotis des vagues du lac Tanganyika résonne différemment ce vendredi 6 mars à Kalemie. Sur le quai, l’ambiance est à la fois solennelle et empreinte d’espoir. « On navigue à l’aveugle depuis trop longtemps », confie Musa, un pêcheur dont le frère a disparu en mer lors d’une tempête nocturne il y a trois ans. Comme lui, des milliers de riverains dépendent de ce plan d’eau immense, à la fois autoroute économique et cimetière silencieux pour ceux que les eaux ont engloutis. Le lancement officiel d’une vaste campagne de balisage par la Régie des voies fluviales (RVF) pourrait-il marquer un tournant décisif pour la sécurité navigation Kalemie et au-delà ?
Le ministre provincial des Transports du Tanganyika a donné le coup d’envoi de cette opération d’envergure, qui doit s’étendre sur plus de 450 kilomètres, du port de Kalundu jusqu’à Uvira, en passant par les zones sensibles de Baraka et Moba. Une ambition colossale pour un lac qui relie et isole à la fois. Le balisage lac Tanganyika n’est pas une simple question de marquage ; c’est une question de vie ou de mort, un filet de sécurité pour les barges surchargées, les pirogues des pêcheurs et les navires de commerce. Combien de drames auraient pu être évités si une signalisation claire avait existé ?
Sur place, Jean Kyato, le commissaire lacustre de Kalemie, expose la réalité avec une clarté qui glace le sang. « Les balises servent à avertir le navigateur : elles indiquent les dangers, les zones où la passe n’est pas accessible, et celles qui sont libres. La signalisation aide à prévenir les accidents. » Sa description est technique, mais son sous-texte est profondément humain. Il distingue les signaux fixes, ancrés sur la rive, des bouées mobiles. Aujourd’hui, si Kalemie et Uvira bénéficient d’une certaine couverture, les zones comme Moba, Baraka ou Kabimba naviguent dans un brouillard dangereux, littéralement livrées à elles-mêmes. Cette inégalité de protection face aux caprices du lac est-elle le reflet des fractures plus larges qui traversent la région ?
L’initiative dépasse largement le cadre technique. Henry Nzila, directeur de la Régie des voies fluviales pour le bief supérieur, y voit un outil puissant de désenclavement Tanganyika. « Le balisage des cours d’eau en RDC est un levier essentiel de désenclavement et un facteur important pour la connectivité interprovinciale », affirme-t-il. Son propos souligne l’enjeu économique fondamental : un lac plus sûr, c’est une circulation des biens et des personnes plus fluide, des coûts de transport réduits et, in fine, un développement économique stimulé pour des provinces entières. La sécurité navigation Kalemie devient ainsi le premier maillon d’une chaîne de prospérité potentielle. Mais cette vision se heurte à une réalité : les accidents lacustres RDC sont souvent le fruit de la vétusté des embarcations et du non-respect des normes. Le balisage seul suffira-t-il ?
L’opération, qui s’étalera sur plusieurs semaines, est un premier pas. Un pas nécessaire, salutaire, attendu. Il matérialise une prise de conscience : l’État, à travers la RVF, a un rôle à jouer dans la protection de ses citoyens, même et surtout sur ses voies d’eau intérieures. Pour les commerçants de Kalemie qui expédient leurs marchandises vers le Sud-Kivu, pour les familles qui empruntent les barges pour se rendre aux marchés, pour les pêcheurs qui partent avant l’aube, chaque balise plantée sera un phare dans l’obscurité, un repère qui dit : « Ici, tu es moins en danger. »
Pourtant, des questions subsistent. La maintenance de ce réseau de signalisation dans la durée sera-t-elle assurée ? Les navigateurs seront-ils formés à son interprétation ? L’effort de balisage lac Tanganyika ne doit pas rester un événement ponctuel, mais s’inscrire dans une politique durable de sécurisation de tous les transports en RDC. Le lac Tanganyika, colonne vertébrale économique de la région, mérite plus que des solutions éphémères. Il mérite un engagement constant. Aujourd’hui, l’espoir est permis, mais la vigilance reste de mise. Le véritable succès se mesurera dans quelques années, au silence des drames évités et au bourdonnement d’une activité économique apaisée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
