Le crissement des pneus, le choc sourd, puis les cris. À Kananga, la capitale du Kasaï-Central, ces bruits sinistres sont devenus une tragique bande-son du quotidien. Derrière chaque statistique glaciale se cache un drame humain, une famille anéantie, un avenir volé. Entre janvier et février 2026, la route a fauché 39 vies dans la province, selon les chiffres officiels de la Commission nationale de prévention routière (CNPR). Soixante-trois accidents recensés, des dizaines de blessés graves et d’importants dégâts matériels viennent dessiner le sombre tableau de l’insécurité routière en RDC. Comment une telle hécatombe est-elle possible en si peu de temps ?
Hendrick Ndaladimue, le directeur provincial de la CNPR à Kananga, n’a pas de mots assez durs pour décrire la situation. Pour lui, le cœur du problème est une méconnaissance profonde et généralisée. « Beaucoup pensent que démarrer un véhicule et accélérer ou réduire la vitesse suffit pour être chauffeur. Non », assène-t-il. La première cause de ces accidents de la route au Kasaï-Central est, selon ses analyses, l’ignorance pure et simple du nouveau code de la route Congo. Une ignorance qui tue, littéralement, sur des axes où la signalisation fait cruellement défaut.
Mais le tableau est plus complexe. L’ivresse au volant, qu’elle soit alcoolique ou due à la consommation de chanvre et d’autres drogues, aggrave considérablement les risques. « Nos routes sont muettes, elles ne parlent pas : la population manque de repères pour s’orienter », déplore Hendrick Ndaladimue. Cette absence de panneaux, de marquages au sol et de balisage transforme chaque trajet en parcours du combattant, où l’improvisation et la chance remplacent trop souvent la prudence et la règle. Les statistiques accidents route 2026 pour la province ne sont donc pas une simple coïncidence, mais le résultat logique d’un système défaillant à plusieurs niveaux.
Face à cette urgence, la CNPR assure être passée à l’action. Des opérations d’installation de panneaux de signalisation et de marquage au sol sont en cours dans la province. Ces mesures techniques sont indispensables, mais suffiront-elles à enrayer la spirale de la mort ? La question reste entière. Car au-delà de l’infrastructure, c’est tout un comportement collectif qu’il faut modifier. Dans une région où les transports sont vitaux pour l’économie et la vie sociale, chaque accident plonge des communautés entières dans le deuil et la précarité. Qui prend en charge les orphelins ? Comment les familles survivent-elles après la perte de leur soutien ?
L’analyse sociale de cette crise révèle un profond malaise. Le métier de chauffeur, souvent exercé par nécessité économique, n’est pas suffisamment valorisé ni régulé. Le recyclage des conducteurs, pourtant promu par la CNPR, peine à se généraliser. Parallèlement, la consommation de substances psychoactives pose un grave problème de santé publique, qui déborde sur la sécurité de tous. En l’absence de contrôles routiers rigoureux et réguliers, les comportements à risque se multiplient en toute impunité.
Que faire alors pour inverser la tendance ? La réponse doit être globale. Elle passe par un renforcement massif de l’éducation et de la sensibilisation dès l’école, par des campagnes choc dans les médias sur les dangers de l’alcool au volant, et par un recyclage obligatoire et accessible pour tous les conducteurs. Les autorités locales et nationales doivent faire de la sécurité routière RDC une priorité absolue, en y allouant des ressources humaines et financières à la hauteur de l’enjeu. La vie de dizaines de personnes en dépend chaque mois.
En conclusion, les routes du Kasaï-Central sont le miroir d’un défi national. Les chiffres tragiques de ces deux premiers mois de 2026 doivent servir d’électrochoc. Il ne s’agit plus seulement de réparer des engins ou de poser des panneaux, mais de reconstruire un pacte social autour du respect de la vie. Chaque citoyen, chaque conducteur, chaque autorité a un rôle à jouer pour que les trajets ne se transforment plus en chemins de croix. La route peut redevenir un lien, et non une fracture, à condition que la volonté politique et collective soit au rendez-vous. L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
