Dans le centre-ouest de la République Démocratique du Congo, une autre promesse de développement semble s’évanouir dans le néant administratif. L’inauguration tant attendue du courant électrique produit par le barrage de Kakobola pour alimenter la ville de Kikwit et sa région, initialement perçue comme une bouée de sauvetage économique, se transforme en un scénario de désillusion chronique. Le projet, d’une capacité de 10,5 mégawatts destinés aux territoires de Gungu, Idiofa et à la ville économique du Kwilu, est techniquement achevé à 99%. Pourtant, il reste lettre morte, plongeant la population dans un scepticisme profond et paralysant les ambitions de relance locale.
Comment un projet aussi vital, dont la réalisation technique est quasi-totale, peut-il être bloqué à quelques mètres de la ligne d’arrivée ? La réponse semble résider dans un gouffre financier et administratif. La Cellule de gestion des centrales de Katende et Kakobola cumulerait plus de sept mois d’arriérés de frais de fonctionnement. Plusieurs entreprises partenaires clés, dont la société Angélique pour la production et la maintenance, l’ingénieur-conseil Wapcos, ainsi que les sociétés MEK et APS chargées du transport par lignes haute tension, seraient confrontées à des factures impayées. Cette situation de non-paiement crée une paralysie systémique, malgré l’état d’avancement technique qui ne justifierait, selon les équipes sur place, aucun retard supplémentaire.
Un autre obstacle majeur plane sur l’avenir du projet : l’identité du futur distributeur de l’énergie Kwilu. Le silence prolongé des autorités sur ce volet crucial, celui qui doit assurer la commercialisation et la gestion finale du courant auprès des abonnés, ajoute une couche d’incertitude à un dossier déjà chaotique. Ce flou stratégique interroge sur la planification globale et la volonté réelle de voir aboutir cette infrastructure. Le barrage Kakobola, présenté comme le déclencheur du développement, ressemble de plus en plus à un mirage bureaucratique.
Sur le terrain, à Kikwit, l’ambiance est passée de l’espoir à la colère, puis à l’indifférence résignée. Les habitants, sollicités par les médias, refusent désormais de s’exprimer, signe d’une lassitude extrême. « Nous n’allons plus parler de cette histoire, nous avons attendu jusqu’à fatiguer », témoigne une commerçante, résumant l’état d’esprit général. Pour la société civile, incarnée par son président urbain Laurent Bwenia, ce dossier « fâche et énerve ». Il déplore que le sujet de l’électricité, essentiel pour booster l’économie et permettre l’installation d’activités commerciales structurantes, ne soit évoqué qu’à des fins électoralistes ou lors de grands événements, sans suite concrète.
Face à ce tableau sombre, certains acteurs tentent de garder une lueur d’optimisme, aussi ténue soit-elle. L’élu provincial Paulin Kiyankayi use d’une métaphore religieuse pour décrire l’attente de la population : « La population ne fait qu’attendre comme le retour de Jésus-Christ. […] Elle continue à rêver la concrétisation de ce courant. » Cette attente, teintée de mysticisme, en dit long sur le sentiment d’abandon et l’ampleur de la déception. Le retard du projet électrique en RDC, particulièrement dans cette région, n’est plus une simple question technique ; c’est devenu un symbole d’un développement à deux vitesses et de promesses non tenues.
Les conséquences économiques de ce blocage sont palpables. Sans une énergie fiable et abondante, Kikwit, pourtant pôle économique du Kwilu, voit ses capacités de transformation et de croissance sévèrement entravées. Les investisseurs potentiels hésitent, les petites et moyennes entreprises peinent à se moderniser, et le coût de la vie est artificiellement maintenu à un niveau élevé par la dépendance aux groupes électrogènes coûteux et polluants. Chaque jour de retard équivaut à une opportunité de développement perdue et creuse un peu plus le fossé entre les discours et la réalité vécue par les Congolais.
À quand un déblocage définitif ? La question reste en suspens. La résolution de ce dossier nécessiterait une volonté politique affirmée, un déblocage urgent des financements pour solder les arriérés et une clarification immédiate du modèle de distribution. L’achèvement et la mise en service de la centrale Kakobola représenteraient un signal fort, prouvant que les projets d’infrastructures peuvent aboutir et bénéficier directement aux populations. Dans le cas contraire, le risque est de voir s’installer durablement une défiance citoyenne envers toute initiative publique, un poison pour le contrat social et le développement futur du pays. L’électricité de Kakobola est bien plus qu’un simple courant ; c’est désormais le test de crédibilité des engagements de l’État envers ses citoyens.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
