À l’heure où la République démocratique du Congo commémorait discrètement les deux décennies de sa loi fondamentale, une voix s’élève pour en dénoncer l’obsolescence. L’Alliance des démocrates congolais (ADECO), par la voix de son président Alain Mbaya, a lancé un pavé dans la mare politique kinoise en estimant que la Constitution congolaise est devenue obsolète. Cette sortie, intervenue mardi 3 mars à Kinshasa, ne se contente pas d’un simple constat ; elle propose ni plus ni moins qu’un aggiornamento complet de la charte fondamentale, via la mise sur pied d’une commission dédiée. Une proposition qui, en pleine période de stabilisation politique relative, fait office de véritable électrochoc.
Alain Mbaya, figure politique dont les analyses sont souvent scrutées à la loupe, a développé une argumentation implacable. Pour lui, la Constitution actuelle, après avoir subi les assauts du temps et des crises politiques répétées, est devenue « conflictogène ». Un terme lourd de sens dans un pays où les interprétations juridiques ont souvent servi de paravent à des luttes de pouvoir acharnées. La révision constitutionnelle en RDC n’est donc plus une simple option de technocrate, mais une nécessité vitale pour transformer la loi fondamentale d’un frein en un « levier de progrès », selon ses propres mots. L’ADECO plaide ainsi pour une refonte adaptée aux réalités sociopolitiques contemporaines, loin des textes figés dans un passé révolu.
Mais la proposition de l’ADECO ne s’arrête pas à une simple réécriture. Elle englobe un volet territorial d’importance : la redéfinition du statut politique et juridique de la ville-province de Kinshasa. La capitale, cœur névralgique du pays et épicentre de toutes les tensions, fonctionnerait-elle aujourd’hui avec des outils juridiques inadaptés ? Alain Mbaya semble le penser, en appelant à un cadre assurant un « meilleur fonctionnement et une gestion plus efficace ». Cette dimension injecte une charge supplémentaire au débat, touchant à l’équilibre des pouvoirs entre le centre et la périphérie, un enjeu toujours sensible dans la géographie politique congolaise.
Le timing de cette initiative est tout sauf anodin. Elle survient deux semaines après le vingtième anniversaire de la Constitution, comme pour souligner que la majorité de cet texte est désormais derrière nous. Faut-il y voir une simple coïncidence ou une manœuvre calculée pour relancer un débat constitutionnel latent ? La question mérite d’être posée. Le paysage politique congolais, bien que stabilisé par la tenue des dernières élections, reste traversé par des lignes de fracture que toute révision majeure pourrait réactiver. L’ADECO, en prenant cette position, joue-t-elle les trouble-fêtes ou les éclaireurs d’un débat indispensable ?
Les implications d’une telle révision sont colossales. Elles touchent à l’équilibre des institutions, à la durée des mandats, à la répartition des compétences, et in fine, à la stabilité même du régime. Le président de la République, Félix Tshisekedi, dont la majorité parlementaire pourrait être sollicitée pour un tel projet, joue gros. Ouvrir la boîte de Pandore constitutionnelle pourrait fragiliser des consensus péniblement acquis, mais persister dans le statu quo revient à ignorer les failles pointées du doigt. La balle est désormais dans le camp des autres forces politiques et de la société civile. Accepteront-elles de s’engager dans un processus long, complexe et potentiellement explosif, ou préféreront-elles la stabilité apparente d’un texte usé par le temps ?
La proposition d’Alain Mbaya et de l’ADECO sert de révélateur à une tension plus profonde : celle entre la permanence des institutions et l’évolution incessante de la société. En pointant du doigt l’obsolescence de la Constitution, elle remet sur la table la question du contrat social qui unit les Congolais à leur État. La création d’une commission de réflexion et de rédaction serait le premier pas vers un nouveau pacte fondateur. Cependant, ce processus ne pourra aboutir que s’il transcende les clivages partisans pour embrasser une vision véritablement nationale. Le défi est de taille, mais l’enjeu – une loi fondamentale qui soit un instrument de gouvernance et non de conflit – en vaut probablement la peine. Les prochains mois diront si la classe politique congolaise est prête à relever ce défi historique ou si elle choisira la prudence, quitte à laisser pourrir une situation déjà critique.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
