La localité de Musimba, située entre Butembo et Lubero dans la province du Nord-Kivu, est devenue l’épicentre d’une crise de santé mentale alarmante. Le Centre d’accompagnement psycho-social (CAP) qui y opère est aujourd’hui submergé par un afflux sans précédent de patients, majoritairement des déplacés internes fuyant l’insécurité chronique de la région. En février 2026 seulement, la structure a dû prendre en charge plus de 100 personnes souffrant de troubles mentaux sévères, selon les chiffres communiqués par ses responsables ce mardi 3 mars. Cette situation met en lumière une réalité trop souvent occultée : les conflits armés laissent dans leur sillage des blessures invisibles, mais profondément destructrices.
Le Dr Jérôme Tamos, psychiatre et responsable du centre, tire la sonnette d’alarme avec une urgence palpable. « Nos infrastructures et nos ressources sont au bord de la rupture », confie-t-il. La cause principale de cet afflux ? Les traumatismes liés aux conflits armés qui ravagent le Grand Nord. Fuir son foyer sous la menace des armes, assister à des scènes de violence, perdre des proches : ces expériences extrêmes laissent des séquelles psychologiques profondes chez les populations civiles. Le centre de Musimba, l’une des rares structures spécialisées dans la zone, constitue souvent un ultime recours pour ces personnes brisées.
Mais l’accueil se heurte à une réalité économique implacable. « Beaucoup de déplacés internes arrivent avec une simple lettre de référence de leur zone d’origine, mais ils peinent ensuite à payer leurs soins », explique le Dr Tamos. Sans soutien financier, les traitements sont interrompus, les thérapies abandonnées, et les risques de rechute ou d’aggravation des symptômes augmentent considérablement. Cette impuissance financière des patients se double d’une fragilité extrême de la structure elle-même, qui manque cruellement de moyens pour faire face.
Imaginez un service d’urgence conçu pour 20 personnes qui doit en accueillir quotidiennement plus du double. C’est la métaphore qui illustre la pression subie par le centre psycho-social Musimba. Le manque de lits, la pénurie de médicaments psychotropes essentiels et l’épuisement du personnel soignant sont devenus la norme. Cette situation n’est malheureusement pas isolée. Le Dr Tamos rappelle que des tendances similaires ont été observées ces dernières années, citant l’exemple du centre CAP-Salama qui avait enregistré plus de 500 cas en seulement six mois en 2025.
Alors, que faire face à cette crise psychosociale en RDC qui s’aggrave dans l’ombre des combats ? La première réponse est humanitaire et urgente. Le psychiatre en appelle directement aux organisations non gouvernementales et au ministère de la Santé pour un soutien accru et concret. Sans une intervention rapide pour renforcer les capacités d’accueil, approvisionner en médicaments et subventionner les soins pour les plus indigents, des centaines de personnes vulnérables resteront sans prise en charge. Cette négligence ne constitue pas seulement un échec médical ; elle représente un danger pour la cohésion des communautés locales, où des individus en grande détresse peuvent, sans soins, représenter un risque pour eux-mêmes ou pour autrui.
La prise en charge de la santé mentale en période de conflit n’est pas un luxe, c’est une nécessité absolue pour la reconstruction. Elle est le pilier sans lequel toute tentative de retour à une vie normale est vouée à l’échec. Les traumatismes non soignés se transmettent parfois d’une génération à l’autre, perpétuant un cycle de violence et de souffrance. L’appel lancé depuis Musimba est donc un cri d’alarme pour la dignité et le rétablissement de milliers de Congolais pris au piège de l’insécurité. La réponse à cette crise sera le véritable test de notre capacité collective à soigner les plaies, visibles et invisibles, d’une nation meurtrie.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
