La province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, a officiellement ouvert ce samedi 28 février un chapitre décisif pour son avenir économique. Le lancement à Beni, chef-lieu provisoire, d’un projet ambitieux de relance de la culture du café robusta, piloté par l’ONG belge Rikolto, marque une inflexion stratégique majeure pour toute la région du Kivu et l’Ituri voisine. Ce programme quinquennal, doté d’un financement du Fonds international de développement agricole (FIDA) et du géant néerlandais JDE Peet’s, ne vise pas moins que la transformation structurelle du secteur agricole local. Il s’agit d’un pari audacieux, fondé sur une ressource autrefois florissante, pour sortir des sentiers battus d’une économie trop dépendante des minerais.
L’enjeu est de taille : directement concerner 12 000 agriculteurs, dont 4 000 femmes et 6 000 jeunes, dans ces provinces meurtries par les conflits. Cette inclusion ciblée constitue le premier pilier d’un modèle visant à bâtir une prospérité plus large et plus résiliente. En réhabilitant la filière café robusta, le projet entend créer un puissant levier de croissance endogène. Le gouverneur de province, le général Evariste Kakule Somo, a d’ailleurs martelé cette volonté de rupture lors de la cérémonie de lancement. « Le robuste va certainement reprendre sa place, et cette fois-ci, croyez-moi, seul le ciel sera notre limite », a-t-il déclaré, soulignant la capacité de ce secteur à briser « les chaînes trompeuses de la richesse minière ».
Quel est le potentiel réel de cette relance agricole ? Pour les experts économiques, la réponse est à chercher dans les fondamentaux du marché mondial. Le café robusta, plus riche en caféine et plus rustique que son cousin l’arabica, représente une part croissante de la demande globale, alimentant notamment l’industrie du café instantané et les grandes chaînes de distribution. La RDC, et en particulier les régions du Nord-Kivu et de l’Ituri, bénéficient de conditions pédoclimatiques idéales pour cette culture. Pourtant, après des décennies de déclin, sa production s’est effondrée, laissant les communautés rurales sans alternative viable. Ce projet de relance du café RDC vise précisément à inverser cette tendance en reconstruisant une chaîne de valeur compétitive, depuis la parcelle jusqu’à l’exportation.
La méthodologie adoptée par Rikolto, spécialiste des chaînes de valeur durables, est cruciale. Elle ne se limite pas à la distribution de plants ou d’intrants. L’approche est systémique : renforcement des capacités techniques des producteurs, structuration en coopératives performantes, amélioration de la qualité post-récolte pour répondre aux standards internationaux, et création de liens commerciaux directs avec des acheteurs comme JDE Peet’s. Ce partenariat public-privé inédit réduit les intermédiaires et garantit aux agriculteurs une meilleure rémunération, augmentant ainsi substantiellement les revenus des ménages. C’est un cercle vertueux que l’on espère initier : des revenus stères stimulent l’investissement local, la scolarisation et la sécurité alimentaire, contribuant à la paix sociale.
Sur le plan macroéconomique, la réussite de cette initiative aurait un impact significatif. Elle permettrait de diversifier les exportations nationales, encore largement dominées par les minerais, et d’inscrire le pays sur la carte des producteurs de café de qualité. Le Nord-Kivu et l’Ituri pourraient ainsi capter une part de la valeur ajoutée mondialisée du secteur, au lieu de rester cantonnés au rôle de fournisseurs de matières premières brutes. La « transformation agricole » évoquée par le gouverneur Somo passe par cette montée en gamme. À plus long terme, une filière café robusta dynamique pourrait servir de modèle pour la relance d’autres cultures de rente, démontrant qu’une économie prospère et pacifiée peut se construire sur les ressources de la terre.
Les défis, cependant, ne doivent pas être sous-estimés. L’insécurité persistante dans certaines zones, la faiblesse des infrastructures de transport et la volatilité des cours mondiaux du café constituent des risques majeurs. La pérennité du projet dépendra de la capacité des acteurs à sécuriser les zones de production, à impliquer durablement les jeunes pour enrayer l’exode rural, et à mettre en place des mécanismes de gestion des risques pour protéger les producteurs des chocs de marché. La mobilisation observée lors du lancement, avec la présence d’associations d’exportateurs et d’organisations agricoles, est un signal positif. Elle indique une volonté collective de tourner la page.
En définitive, ce projet de relance du café robusta au Nord-Kivu et en Ituri est bien plus qu’un simple programme agricole. C’est un instrument de politique économique et sociale, conçu pour recoudre le tissu productif et offrir des perspectives concrètes à des milliers de familles. S’il parvient à ses objectifs, il pourrait écrire une nouvelle page de l’histoire économique de l’Est de la RDC, prouvant que la richesse du sous-sol n’est pas l’unique destin et que la véritable prospérité se cultive aussi à la lumière du jour.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
