Un calme fragile et précaire règne ce mercredi sur les hauteurs de Chamungu, dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Cette accalmie n’est toutefois qu’un répit, survenant au lendemain de violents affrontements ayant une nouvelle fois mis à mal les engagements de cessez-le-feu dans la région. La région est-elle condamnée à un cycle de violence sans fin ?
Mardi matin, aux premières heures, les positions des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), établies sur ce relief stratégique dominant les villages de Mpety et Katobi, ont été la cible d’une offensive menée par les rebelles de l’AFC/M23. Selon plusieurs sources concordantes, les assaillants sont partis de leurs bastions de Mpety et Mindjendje pour tenter de déloger l’armée régulière.
Les échanges, d’une intensité rare, ont rapidement embrasé la zone. Le crépitement des armes légères s’est mêlé au tonnerre des armes lourdes, plongeant les localités avoisinantes du groupement Kisimba dans une panique indescriptible. Les combats à Walikale se sont prolongés et intensifiés tout au long de la journée, transformant ce paysage montagneux en un champ de bataille.
Face à la détermination des attaquants, les FARDC, appuyées par leurs alliés Wazalendo, ont dû déployer des efforts considérables pour contenir la poussée rebelle. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, après de longues heures de tension extrême, que les soldats gouvernementaux sont parvenus à repousser l’assaut. Contraints de battre en retraite, les combattants de l’AFC/M23 se sont repliés vers leurs positions de départ à Mpety, selon les informations recueillies sur le terrain.
Cette flambée de violence intervient dans un contexte politique pourtant marqué par la recherche d’une désescalade. En effet, elle survient quelques jours à peine après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu au Nord-Kivu, proclamé le 18 février dernier sous l’égide de l’Angola, facilitateur dans le processus de médiation régionale. Un accord de plus qui semble, pour l’instant, lettre morte.
La récurrence de ces violations questionne la volonté réelle des belligérants, et particulièrement des groupes rebelles, de déposer les armes. Le cessez-le-feu, censé apaiser les tensions sur plusieurs lignes de front, est systématiquement ignoré, alimentant un climat de défiance et de peur. Jusqu’où cette spirale de la violation peut-elle mener ?
Sur le terrain, la situation demeure extrêmement volatile. Loin de se calmer, la zone semble se préparer à de nouveaux soubresauts. La notabilité locale du groupement Kisimba a ainsi tiré la sonnette d’alarme, dénonçant un renforcement manifeste des positions rebelles à Mpety. Des sources affirment que de nouveaux éléments combattants sont arrivés en renfort dès mardi après-midi, en provenance de la localité de Kalembe, laissant présager une possible reprise des hostilités.
Cette insécurité au Nord-Kivu, particulièrement dans l’arrière-pays de Walikale, plonge les communautés dans une détresse profonde. Les populations civiles, prises en étau entre les différents camps, vivent dans la crainte permanente d’une nouvelle escalade. Leur quotidien est rythmé par la fuite, la recherche d’abris précaires et l’angoisse de ne pas pouvoir cultiver leurs champs, menaçant directement leur sécurité alimentaire.
La reprise des combats à Walikale illustre avec une cruelle clarté la fragilité persistante de la situation sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Elle expose les limites des seules initiatives diplomatiques lorsque celles-ci ne sont pas accompagnées d’une réelle pression pour le respect des engagements pris et d’un mécanisme de monitoring crédible et contraignant.
Alors que la communauté internationale appelle régulièrement au dialogue, la réalité du terrain, faite de métal et de feu, répond par la violence. L’épisode de Chamungu n’est pas un incident isolé mais le symptôme d’un conflit enraciné, où les trêves sont éphémères et les populations, les premières victimes. La stabilisation de la région passe-t-elle inévitablement par une confrontation militaire totale, ou une fenêtre pour une paix durable existe-t-elle encore ? Pour l’instant, le silence des armes à Chamungu n’est que temporaire, et l’ombre de l’AFC/M23 plane toujours sur les collines du Nord-Kivu.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
