La question de l’augmentation du salaire minimum en République Démocratique du Congo est au cœur d’une négociation serrée entre le patronat et le gouvernement. À l’issue des travaux du Conseil National du Travail (CNT), la Fédération des entreprises du Congo (FEC) a émis une demande pressante : l’application progressive du deuxième palier du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG). Cette position, défendue par John Mwenda, chargé de la Cellule du CNT au sein du patronat, souligne un fossé grandissant entre la nécessité d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs et la préservation de la santé financière des entreprises.
Le gouvernement, quant à lui, maintient fermement sa ligne : l’instauration d’un SMIG RDC fixé à 21 500 francs congolais par jour. Cette mesure, perçue comme une réponse urgente à l’érosion du pouvoir d’achat, place les employeurs devant un défi de taille. Comment absorber une telle augmentation des charges salariales dans un contexte économique déjà marqué par des difficultés structurelles ? La FEC avance que l’application immédiate de ce barème pourrait menacer la viabilité de nombreuses entreprises, fragilisant ainsi le tissu industriel national. « Cette politique d’échelonnement permettra aux employeurs d’amortir non seulement la charge salariale supplémentaire, mais également de préserver l’outil industriel du pays », a plaidé John Mwenda.
Le cœur du débat se situe dans la recherche d’un équilibre entre justice sociale et réalité économique. L’augmentation salaire Congo souhaitée par l’exécutif est-elle soutenable pour le secteur privé congolais ? Les entreprises, notamment les PME, font face à un environnement des affaires complexe, avec des coûts de production élevés, des difficultés d’accès au financement et une concurrence informelle massive. Une hausse brutale du coût du travail pourrait, selon le patronat, entraîner des plans de licenciement, une réduction des investissements ou, dans le pire des scénarios, des fermetures d’usines. Cette situation mettrait en péril les objectifs mêmes de la mesure : améliorer les conditions de vie des ménages.
La demande de la FEC salaire minimum pour une progressivité invite à une analyse plus fine des secteurs d’activité. L’impact d’un relèvement uniforme du SMIG n’est pas homogène. Les industries à forte intensité de main-d’œuvre, comme le textile ou l’agroalimentaire, seraient bien plus affectées que les secteurs des services ou des technologies. Une approche différenciée, par paliers ou par secteurs, pourrait-elle être une solution pour concilier les impératifs ? Cette piste de réflexion, bien que complexe, mérite d’être explorée lors des prochaines réunions du conseil national travail.
Par ailleurs, l’amélioration du pouvoir d’achat travailleurs ne passe-t-elle que par la hausse des salaires nominaux ? D’autres leviers, souvent évoqués par les économistes, pourraient compléter cette politique. La maîtrise de l’inflation, via une politique monétaire et budgétaire rigoureuse, est un préalable essentiel. Sans cela, les gains salariaux risquent d’être rapidement absorbés par la hausse des prix. De même, le développement de politiques sociales ciblées – accès au logement, aux soins de santé, aux transports – contribuerait substantiellement au bien-être des ménages sans peser uniquement sur la masse salariale des entreprises.
L’issue de ces négociations est cruciale pour l’avenir économique du pays. Un compromis intelligent, trouvé autour de la table du dialogue social, pourrait définir un calendrier d’application réaliste. Cela permettrait aux entreprises de s’adapter et de planifier, tout en envoyant un signal fort aux travailleurs sur l’engagement de l’État à revaloriser leur revenu. À l’inverse, une impasse ou une décision unilatérale risquerait de cristalliser les tensions et de freiner les investissements, dans un pays qui a plus que jamais besoin de stabilité pour attirer les capitaux.
En définitive, le dossier du SMIG en RDC dépasse la simple question salariale. Il interroge la capacité du pays à construire un modèle de croissance inclusive, où la prospérité des entreprises et le bien-être des travailleurs ne sont pas perçus comme des antagonismes, mais comme les deux faces d’une même médaille. La balle est désormais dans le camp des partenaires sociaux. Saurent-ils trouver la formule gagnante qui protégera à la fois le portefeuille du salarié et la trésorerie de l’employeur ? L’équilibre est fragile, mais l’enjeu mérite toute l’attention.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
