Le débat sur le Salaire minimum interprofessionnel en République Démocratique du Congo connaît un nouvel épisode tendu. Alors que le Conseil National du Travail a récemment clos ses travaux, la Fédération des entreprises du Congo monte au créneau pour demander une application progressive du second palier du SMIG. Cette demande, portée par John Mwenda, chargé de la Cellule du CNT à la FEC, s’inscrit dans un contexte de bras de fer avec l’exécutif, déterminé à imposer un barème journalier de 21 500 francs congolais. Quel équilibre trouver entre l’amélioration urgente du pouvoir d’achat des travailleurs et la préservation de la santé financière du tissu productif national ?
La position patronale, exposée ce mardi 24 février, repose sur un argumentaire économique percutant. La FEC ne nie pas la nécessité de revaloriser les rémunérations, élément clé de la justice sociale et de la demande intérieure. Cependant, elle alerte sur les risques d’une hausse brutale et immédiate. Dans un environnement économique congolais marqué par des coûts de production élevés, des difficultés d’accès aux devises et une concurrence internationale féroce, une augmentation soudaine de la masse salariale pourrait sonner le glas pour de nombreuses entreprises, notamment les PME. John Mwenda souligne ainsi la nécessité d’« amortir la charge salariale supplémentaire » afin de « préserver le tissu industriel du pays ». La progressivité permettrait aux employeurs d’anticiper et d’absorber le choc, évitant des vagues de faillites ou de réduction d’effectifs qui nuiraient in fine à l’emploi et à l’économie.
Cette prudence affichée par le patronat congolais contraste avec la fermeté affichée par le gouvernement. L’exécutif, sous pression pour répondre à une inflation galopante et à la dépréciation du franc congolais, considère la hausse du SMIG RDC comme une mesure de justice sociale impérative. Le barème de 21 500 francs par jour constitue une ligne rouge, destinée à restaurer un minimum de dignité et de capacité de consommation pour les travailleurs. Cette détermination place les entreprises face à une équation complexe : comment absorber cette charge supplémentaire sans compromettre leur viabilité ? La question des modalités d’application devient donc le cœur des négociations. Faut-il un étalement sur six mois, un an, ou davantage ? Le calendrier et les mécanismes d’accompagnement potentiels (allégements fiscaux, simplifications administratives) seront décisifs.
Les implications macroéconomiques de ce débat sont considérables. Une hausse trop rapide du salaire minimum pourrait alimenter une spirale inflationniste, les entreprises répercutant une partie du coût sur les prix de vente. À l’inverse, un statu quo pénaliserait la consommation des ménages, freinant la croissance par la demande. Le secteur formel, déjà fragile, pourrait être tenté par une précarisation accrue ou un recours au travail informel pour contourner la loi. La crédibilité du Conseil National du Travail, instance de dialogue social par excellence, est également en jeu. Sa capacité à produire un consensus équilibré sera un test pour la gouvernance économique du pays.
À plus long terme, cet épisode soulève une question fondamentale : la compétitivité de l’économie congolaise doit-elle reposer sur des coûts salariaux bas, ou sur une montée en gamme, une amélioration de la productivité et une diversification des activités ? La hausse du SMIG pourrait, si elle est bien accompagnée, acter une transition vers un modèle de développement plus inclusif et résilient. Elle obligerait les entreprises à optimiser leurs processus et à investir dans l’innovation. Pour cela, un dialogue constructif entre la Fédération des entreprises du Congo, les syndicats et le gouvernement est indispensable. La recherche d’un équilibre entre protection des travailleurs et défense de l’outil industriel n’est pas un jeu à somme nulle, mais la condition sine qua non d’une croissance durable et partagée en RDC.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
