Une lueur d’espoir perce enfin pour des centaines d’enseignants dans les zones reculées du Maniema. Après des mois, voire des années de lutte, les professeurs des territoires de Lubutu, Kailo, Pangi et Punia commencent à percevoir leurs salaires via le système de paiement mobile M‑Psa, confié à l’institution financière Trust Investment Développement (TID). Cette avancée, confirmée par les autorités provinciales, marque-t-elle la fin d’un calvaire pour ces éducateurs oubliés ?
Le constat était alarmant. Dans ces agglomérations éloignées, les enseignants subissaient des retards de paiement systématiques, souvent de deux à trois mois. Imaginez : un professeur, après avoir dispensé ses cours avec dévouement, doit patienter un trimestre entier avant de toucher son dû. Comment maintenir la motivation dans ces conditions ? Comment assurer la sérénité nécessaire pour enseigner ? Ces retards, bien plus qu’un simple désagrément administratif, grèvent la qualité même de l’éducation et plongent les familles dans une précarité intolérable.
La solution est venue d’une mobilisation collective. Lassés par les dysfonctionnements de l’ancien système géré par CARITAS, les enseignants ont multiplié les manifestations. Leur voix a été entendue. Sous l’impulsion du ministre provincial de l’Éducation, des organisations syndicales et d’autres autorités, un lobbying actif a été mené jusqu’à Kinshasa. L’objectif était clair : délocaliser la masse salariale de ces territoires vers une banque payeuse capable de garantir un versement régulier et fiable. C’est ainsi que la DINACOPE Maniema, dirigée par Djory Ngandu Muana Lukengo, a pu superviser le transfert des effectifs vers la TID.
« Les enseignants ont protesté, et c’est ainsi que les autorités ont pris le courage de descendre à Kinshasa pour mener des lobbyings », a expliqué M. Ngandu. Ce changement d’opérateur n’est pas qu’un simple transfert de compte. Il symbolise une volonté de moderniser le paiement des enseignants en RDC, notamment dans des provinces comme le Maniema où l’accès aux services bancaires traditionnels est limité. Le recours au mobile money via M-Psa apparaît comme une adaptation pragmatique aux réalités du terrain.
Mais cette transition, aussi prometteuse soit-elle, soulève des questions. La TID et le système M-Psa seront-ils à la hauteur des attentes ? L’identification des bénéficiaires, confiée à la DINACOPE, a-t-elle été menée de manière exhaustive pour éviter les exclusions ? Les enseignants, souvent peu familiarisés avec les services financiers digitaux, recevront-ils l’accompagnement nécessaire ? La régularité tant espérée du salaire des enseignants RDC dans ces zones dépendra de la pérennité de ce nouveau partenariat.
Pour les syndicats et les bénéficiaires sur le terrain, ce premier versement via TID est un test crucial. Il doit démontrer que les leçons des retards de paiement enseignants passés ont été tirées. La fiabilité de ce nouveau canal est essentielle pour restaurer la confiance entre l’État et ses fonctionnaires de l’éducation. Si elle se confirme, cette délocalisation pourrait servir de modèle pour d’autres territoires confrontés aux mêmes difficultés, prouvant qu’avec de la volonté politique, des solutions concrètes existent.
L’enjeu dépasse largement la simple logistique du paiement enseignants Maniema. Il touche au cœur du pacte républicain en matière d’éducation. Un enseignant payé à temps, c’est un éducateur apaisé, une classe qui fonctionne, et in fine, une génération d’élèves qui reçoit un enseignement dans la dignité. La réussite de cette opération pilote entre la DINACOPE et la TID sera donc scrutée à la loupe. Elle pourrait préfigurer une refonte plus large des mécanismes de rémunération dans le secteur public congolais, où la digitalisation offre une piste sérieuse pour combattre la corruption et l’inefficacité.
La route reste longue pour assurer une éducation de qualité pour tous en République Démocratique du Congo. Mais le fait que des autorités aient « pris le courage » d’agir, comme le souligne le directeur provincial, est un signal positif. L’histoire de ces enseignants du Maniema nous rappelle que le progrès passe souvent par l’écoute des griefs et la recherche de solutions innovantes. L’avenir nous dira si le partenariat avec M-Psa TID tient ses promesses et met fin définitivement à l’incertitude mensuelle qui pèse sur les familles enseignantes.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
